La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

•1!18 LA HEVUE SOCIALISTE ouhlie c 1uc la libertJ de l'homme en société n'est pas la même que celle de l'homme iso]é. L'homme isolé poUl'rait être maHre absolu de sa personne et de sa rnlonté devant la nature; mais, vivant en s"ociété, il a des d evoirs envers elle. C'est ce devoir social accepté par le collectivisme et nié par l'anarchisme qui fait la différence entre les deux doctrines. Mais poursuivons. Usant du procédé commode d'attribue1· aux adversaires les opinions q u'ils n'ont pas, pour les refuter à loisir, le citoyen l\falato fait du collectivisme un régime d'oppression. N'est-il pas évident, au contraire, que le soci alisme collectiviste laisse ;\, chacun la liberté de travailler ou de ne pas trava iller à !-CS ri~<1ueset périls; cal', contrairement à l'anarchie, il ne pe1·met à l'homme valide de consommer qu'en proportion de son travail, le droit à une large vie suffisante restant acquis, <lans la mesure des ressources sociales, aux incapable~ de Ll':wail. Le philo~ophe a:1archiste nous dit encore : « Le communisme doit se borner à mettre la richesse sociale à la porl<'e de tous sans permettre à quelques-uns d'accaparer ce qui est nécessaire au bienêtre général ». C'est ce que fait le collectivisme; mais avec l'anarchie réalisée, si les uns veulent accaparer, qui les en empêchera? « La Commune, débarrassée du joug de l'Etat, pourrait être un gouverne - ment plus opp1·essif r1ue celui de l'Etat, parce qu'il serait un ma1tre plus immédiat. Le point dû départ d'une société anarchique sera l'individu q ui est à. lui seul un pelit monde, sauf en période de lutte, où les nécessités amène ront les plus libertaire, à faire de la pre~sion et de l'autorité; le droit collectif n'est respectable qu'autant <1u'ilest l'expression du droit individuel. » Obscrrntion j ustc en cc qui louche l'autonomie communale. Est-ce une raison pour conclure à la négation du droit collectif et à. la glorification de l'autonomie individuelle, qui n'est que la légitimation du pouvoir de s plus fo1'ls et des plus rusés, en pé1·iode de lutte, état permanent de l'anarchie : « Communisme et individualisme n'3 sont pas forcément deux termes incon - ciliables. L'avenir montrera que l'individu peut fort bien vivre libre a u sein de la <'Ommunauté. • L'avenir montrera que le collectivisme donne à l'individu la plus grande somme cle liberté posiüble: mais le terme individ•rnlisme est aussi incomp atible aYcc collecti,·ismc <1u'aveccommunisme, attendu <1uel'un et l'autre mett ent la collectivité et la communauté an-dc~sus de l'individu : « Un jour viendra où les peuples européens se trouveront face à. face avec la rnce jaune, réYeillée de ~a léthargie; si nos petits-fils n'ont pas ce levier pui~sant, la conscience et la liberté àe l'individu, comment pourront-ils réagir contra un nouveau moyen âge~ A la suprématie du nombre qu'opposer, sinon l'inviolabilité de l'êtrc1 Et ,'i. l'adoration de Dieu et du maître pa r quoi répondre si ce n'est par l'affirmation tout anarchiste : Ni Dieu, ni ma itre 1 • A la suprématie du nombre il faut opposer la force dans l'union qu i ne s'obtient pas avec l'anarchie. Quant à la formule ni Dieu ni maitre que s'approprie ici le citoyen Malato, elle est de Blanqui qui n'était pas anarchiste que nous sachions. Le socialisme aussi ne veut ni Dieu ni maitre parce que la science n ie le Dieu anthropomorphique et que la ju~tice ne reconnait à aucun homme de droit sur un autre. Mais, s'il plaît i\ un individu d'avoir un Dieu et un maître, en vertu de quel principe l'anarchi~me s'opposerait-il à cette manifestation de la liberté? En outre, nous demandons à l'auteur comment peut fonctionner une société sans organisation? or, une organisation sociale implique l'exis tence d'une direction, c'est-à-dire d'un gouvernement, ou si l'on aime mieux, d'une

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