496 LA REVUE SOCIALISTE « Il suffit d'admettre cette idée, et toute cette activité raisonnable, dirigée auparavant vers le bonheur inaccessible de l'individualité, fait place à une autre activité conforme à la loi du monde, et consac1·ée à l'acquisition de la plus grande somme de bonheur possible pou1· soi-même et pour le monde entier. « La seconde cause de l'état misérable de l'existence individuelle et de l'impossibilité pour l'homme d'aniver au bonheur, c'était l'ailusion d.:lsjouissances individuelles, qui usent la vie et causent la satiété et les souffrances. Mais, dès que l'homme fait consister sa vie dans le désir de contribuer au bonheur d'autrui, la soif illusoil'e des jouissances disparait, et l'activité douloureuse consacrée à remplir le tonneau sans fond de l'individualité animale, fait place à une activité conforme aux lois de la raison, activité qui a pour but de soutenir la vie des autres étres, nécessaire à son bonheur. L'intensité de la souffrance individuelle, qui paralyse l'activité de la vie, est remplacée par un sentiment de compassion pour autrui, et ce i<entiment est le mobile d'une activité incontestablement féconde en résultats et source de joie. < La troisième cause de l'état misérable de l'existence individuelle, c'était la crainte de la mort. Que l'homme fasse consister le bonheur de sa vie dans le bonheur des autres êtres et non pas dans le bien-être de son individualité animale, et l'épouvantail de la mort disparait à jamais des yeux. « La terreur de la mort ne provient que de la crainte de perdre, lors de la mort charnelle, le bien de la vie, par conséquent, si l'homme pouvait identifier son bonheur avec celui des autre êtres, c'est-à-dire les aimer pins que lui-même la mort ne lui semblerait pas la cessation du bonheur et de la vie, comme <'ela a lieu pour celui qui ne vit que pour lui-même. Celui qui vit pour les autres ne peut regarcter la mort comme l'anéantissement du bonheur et de la vie, rar le bonheur et la vie des autres êtres, bien loin d'êtr1:: anéantis par la mort de homme voué à leur service, sont très souvent augmentés et affermis par le sacrifice de la vie, > Cette conception altruiste de la vie est entièrement conforme à celle que B. Malon a développée dans les différentes études qui ont été publiées dans la Revue socia,iste (18f<5-1886)et ont été ensuite réunies en volume sous le titre de Morale sociale. La coïncidence était bonne à signaler en recoa:mandant la forte nouvelle œuvre, du grand publiciste russe, qui a désormais bien conquis le public français. ________ J. S. La morale, l'art et la religion selon Guyau, par Alfred Fouillée. Un vol. in-8· de la Bibliothèque de philosophie contemporaine, avec portrait de M. GJyau. (Félix Alcan, éditeur.) 3 fr. 75. L'avenir de la morale celui de la religion - trois des plus graves préoccupations de notre temps, - tel est l'objet de ce livre, où l'auteur, à propos d'une personnalité digne de toutes les sympathies, s'élève à des considérations d'une portée générale. Guyau, enlevé à l'âge de trente-trois ans, avait publié sur les questions morales, esthétiques, religieuses, une série d'œuvres qui resteront parmi les plus rerqarquables de notre époque, au double point de ,•ue de la pensée et du style. Il en est peu qui expriment plus fidèlement, sous une forme toujirnrs originale, les doutes et les croyances, les inquiétudes et les espérances de la génération actuelle. M. Alfred Fouillée apprécie ces œuvres dans leurs principes comme dans leurs conclusions dernières et met en lumière les éléments nouveaux, apportés par Guyau à la doctrine de l'évolution. La morale dans le drame, l'épopée et le roman, par Lucien Arréat, 1 vol.
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