REVUE DES LIVRES DES LJVRES De la vie, par Léon Tolstoï, 1. vol. Marpon et Flammarion, éditeur, Prix 3 fr. 50. 495 Toute la forte pensée de ce livre est encombrée, voilée par beaucoup de redites. c·est ce qui en altère la clarté, la juste comp1·éhension. C'est dommage, ca1·la pensée est superbe, abstraction faite de ses réminiscences chrétiennes. Voici d'ailleurs De la vie le passage qui en 1·ésume, le mieux, les idées générales : « Les siècles s'écoulent et l'énigme du bonheur de la vie humaine reste tout aussi indéchiffrable pour la majorité des hommes. Et pourtant, elle a été devinée depuis bien longtemps. Et tous ceux qui apprennent le mot de l'énigme s'étonnent toujours de ne pas l'avoir deviné eux-mêmes; il leur semble qu'ils le connaissent depuis longtemps, mais qu'ils l'ont oublié, tant est simple et claire l'explication de cette énigme, qui leur paraissait si embrouillée au milieu des fausses doctrines du siècle. Tu veux que tous ne vivent que pour toi que chacun t'aime plus que soimême. Eh bien! ton désir ne peut être accompli qu'à une seule condition. Cette condition, c'est que toas les êtres cessent de vivre pour leur propre bien et commencent à vivre pour le bien des autres.· Alors seulement toi et tous les êtres, vous serez aimés de tous et tu obtiendras le bien que tu désires. Ainsi donc, si tu ne peux acquérir le bien que si tous les êtres aiment les autres plus qu'eux-mêmes, tu dois, toi, créature vivante, aimer autrui plus que toi même. « Ce n'est qu'à cette condition que le bonheur et la vie seront possibles, ce n'est qu'à cette condition que disparaitra tout ce qui empoisonne la vie de l'homme : la lutte des êtres, la douleur des souffrances et la tel'l'eur de la mort. « En effet, pourquoi le bonheur de l'existence individuelle était-il impossible? En premier lieu, à cause de la lutte des êtres, à la recherche du bien individuel; en second lieu, à cause de l'illusion des jouissances, qui entrainent une déperdition de vie, la satiété, la souffrance; en troisième lieu, à cause de la mort. « Mais il suffit d'admettre en théorie que l'homme peut remplacer le désir du bien individuel pal' le désir du bien des autres êtres, pour que l'impossibilité du bonheut· disparaisse et qu'il -:levienneaccessible à l'homme. « En considérant le monde d'après sa conception de la vie, envisagée comme la recherche du bien individuel, l'homme y voit la lutte intéressée d'êtres qui s'entre-détruisent. Mais, s'il fait consister la vie dans le désir de contribuer au bonheur d'autrui, il voit le monde sous un tout autre aspect : à côté djis pél'Ïpéties fortuites de la lutte des êtres, il verra les services mutuels et incessants que se rendent ces mêmes êtres, services sans lesquels l'existence du monde est inadmissible. ..
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