La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

MENSONGES CONVENTIONNELS DE NOTRE CIVILISATION 445 de sa vie il serait à son aise,s'il avait gardé pour lui les fruits de son travail, au lieù de les livrer à l'État. « Le dernier but <lel'Etat est la réunion des forces de tous en yue d'effet::;utiles qui profitent à l'indiYidu et qui ne pourraient être obtenus pat· lui tout seul. C'est la tàche que remplit l'État, on ne peut le méconnaître; mais cette tùche au:;si, il la remplit mal ou imparfaitement. Dans son organisation actuelle, l'État ciYilisé est une machine qui travaille ayec un gaspillage de forces énorme. Le caprice de quelques hommes 0u l'égoïsme de très petites minorités déterminent trop fréquemment à eux. seuls le but yei·s lequel sont dirigés les effo1-tsde l'ensemble. Si aujomcl'hui on abolissait los neuf dixièmes des lois et des réglements existants, la sécurité de chaque personne et de chaque fortune serait la même qu'actuellement. Chacun continuel'ait à jouie cle :;es droits :;ans restrictions; personne ne perclràit rien des arnntages réels ile la civilisation; • chaque individu obtiendrait ainsi la liberté cle mouyement, il se sentirait lui-même avec une vive satisfaction, dont il ne peut se fail'e aucune idée dans son état héréditaire actuel d'assujettissement universel. • Cet Ét.at est-il l'anarchie? Un lecteut· superficiel pourrait seul tirer cette conclusion de ce qui précède. L'auarchie, l'absence de gouvernement est une im·ention d'esprits brouillons et aveugles. (< Dans cet état idéal l'indiYidu traYaillerait pour la communauté, en d'autres termes il denait payer de::;impots, mais les charges publiques n'auraient plus le caractère d'exaction qui aujourd'hui les rend haïssables. Dans l'État actuel, au contraiPe,l'impôt devient nécessairement odieux; il est paetout beaucoup trop élevé, sa répartition est injuste, résultat de l'organisation historique de la société et àe lois absurdes. « Toutes les con:;titutions depuis 1789 parlent du principe de la souveraineté du peuple, mais dans la pratique la machine de l'Etat est restée la mème; elle travaille aujourd'hui tout comme n la plus sombre époque du moyen âge, et si sa pression sur l'individu est devenue moins forte, il ne faut y voir qu'un résultat de l'usure de la machine. La prémisse sous-entendue clans toutes les lois et tous les règlements, c'est, après comme avant, que le citoyen est la propriété personnelle du chef de l'Etat qui a hérité de tous les privilèges des anciens despotes et qui a pour incarnation visible les autorités. >) Quoique cette critique de l'Etat puisse s'appliquer à l'Etat républicain actuel, il y a cependant une remarque importante à faire. C'est que si dans un pays monarchique où l'Etat, se personnifiant dans un ou plusieurs individus, est en même temps pouvoir législatif et pouvoir exécutif, le peuple a le droit d'accuser l'État de ses

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