La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

36 LA REVUE SOCIALISTE quanc1il a pu la conserver, est toujours exposée à recevoir quelque blessure de la part cleson employeur, selon le tempérament plus ou moins brutal ile celui-ci. Le pl'Olétaire, en général, est sur ce point moralement amoinclri et s'en affecte médiocrement. Il en est un peu de cela, comme du soldat a;-ec son sergent: rece;-oir des rebuffades sans trop oser se plaindre, de crainte d'être en butte.par la suite, aux traits c1'unerancune tracassière. Ceci explique pourquoi les grèves sont plus rares, quand elles n'ont pour cause qu'une réaction contre les mauvais procédés des patrons. Ceci explique également ,quoique 1,ansle justifier, pourquoi les traYaillenrs p:radés, en possession d'une parcelle <le l'autorité patronale, sont souvent beaucoup plus acerbes dans leurs répriman,1es et plus impérieux clans leurs exigences, que le patron luimême. C'est un effet de choc en retour. Il :r a aussi le sentiment du panenu, qui croit se faire prendre plus au sérieux, en inspirant cle la crainte. C'est triste, mais c'est ainsi. Le cas récent des Yerriers clePantin confirme doublement cette obserrntion: d'un côté, abus ,1'aut.orité d'un chef d'atelier qui avait, aux yeux (le ses ouuiers, le double tort d'être brutal et étranger; de l'autre,ce qui est, je l'ai fait remarquer, un cas rare, indignation des ouHiers, assez forte pour qu'il ne craignissent pas d'amener la misère dans leurs familles, en donnant à leur protestation la forme d'une grèYe. Cette grèYe a 'offert encore une autre particuiarité assez remarquable, en ce sens qu'elle a déterminé une coalition patronale. Les chefs d'usines de la Seine et cleSeine-et-Oise n'ayaient aucun motif de discorde avec leurs propres ouvriers; mais ils prirent néanmoins fait et cause pour le 1wincipe d'autorité, attaqué chez leurs confrères; et peu s'en fallut que les maîtres-Yerriers de la Loire ne suivissent cet exemple. Au foncl la raison inrnquée par les pat.rous était mauvaise; ce n'était pas leur autorité qui était niscutée, c'était au contraire uu appel à leur équité, contre les ;-exations d'un fondé de pouvoirs. En thèse générale, les colères amassées n'éclatent qu'a l'occasion de grèves motivées par un intérêt matériel; et, malheureusement, ces colÈ'resengendrent des scènes de violence, où l'exaspération dépasse toutes limites, comme le meurtre de Watrin a DecazeYille.Cesécarts soJJt ,l'autant plus regrettables que, loin de profiter aux gl'éYiste~, ils enL1·aînentaussitôt une répression impitoyable. Les grèves ont p1·csque toujours pour cause une revendication matfriellc; et c'est p1·csc1uetoujou1·s pal' les tl'aYailleurs qu'elles so11tfaites. C'est tout ~impl<';s'il y a en ll10:vcnm',vingt tl·ayaillem·s pm11·uu patt·ou,Loute111piètcmcntdu patr·on :-;c1·épel'culcYiugt fois et

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