La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

LE DllOIT DE GHÊVE ET SES CONSÉQUENCES 35 franchir; pourquoi cette même liberté serait-elle inoffensive quand il s'agit d'économie sociale? On ne permet pas au soldat de se mettre en grève, pourquoi le permettre au capital et au tra,ail, à l'employeur et à l'employé? - Le soldat sam·egar<le la sécurité de la patl'ie, dit-on. - Très bienl mais les autres satrregardont la production, c'est-adire la vie matérielle de la nation. Cette distinction subtile, entre la liberté politiciue et la liberté économique, a. fait la fortume du capitalisme; mais, en établissant cette distinction, la bourgeoisie n'a pa~ Yu cg1'olle s'attachait a un faux principe, qui deYait la perdre tot ou tarcl. Le << laissez faire » c'est la loi clu « chacun pour soi » et c'est surtout la loi du plus fort. AYec la loi au « laisse?. faire sans restriction >) la bourg0oisic a bien pu profiter de la supériorité de sa position, pour exploiter le travailleur; seulement elle n'a pas compris qu'ell0 restait sa11sdéfense aux mains d'autres exploiteurs pris dans .c;onpropre sein; et qu'elle créait une nouYelle féoclalité formée rle la quintessence de sa propre race. Le « laissez faire » a donné naissance a une oligarchie capitaliste, qui pousse la petite bourgeoisie sur une pente dont l'aboutissant est le prolétariat. La moyenne bourgeoisie se cléfencldéjà aYec peine. Ni l'une, Di l'autre n'ont senti qu'il fallait au « laissez faire » un contt-epoÏ!ls, qui ue pouYait se ti·ournr que rlans une protection sociale effective, assurant i'.t chacun, bourgeois ou prolétaire, la part exacte a laquelle il a (lroit dans la richesse créée eu commun. Eu autorisant le « laissez faire», la bourgeoisie a autorisé sa propre destruction. V Abandonnons les consiclérations générales et les aperçus théoriques de la question, po~ll' en aborder le côté pratique et rentrons dans l'actualité. Les motifs de conflit, entre patrons et ouuiers, ne peuYent être que <ledeux sortes: froissement moral, ou tort matériel. Il ne faut pas craindre de .-oir les choses comm0 elles sont: le froissement moral subi par l'ouYrier serait considérable, s'il eu a.-ait pleinement conscience; mais, en raison de l'état de sujétion dans lequel il a constamment été tenu, Ra sensibilité a été assez émoussée, pour que le choc soit peu sensible et passe inaperç.u. Le patron est le maître.A ce titre, il lui est toujours facile de faire sentir durement .son autorité et de ne _pasaccorder à ses subor<lonnés, le respect _,f\l'il exige pour lui-même. La dignité du tranillour,

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