La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

LE DROIT DE GRÈVk: ET SES CONSÉQUENCES 37 ' frappe sur vingt.personnes.Afin de se reconnaître et d e parer le coup, il est donc <letoute nécessité pour les ouvriers, de se réunir, de s'entendre,de se coaliser pour organiser la résistance. Le patron lui,n'en a pas besoin; tout seul il compte comme vingt. Lesgrèves sont principalement motivées, soit par une a ugmentation de salaire réclamée par le travailleur, soit par une diminution de salaire imposée par l'entrepreneur; soit,ce qui revien t. au même, par une modification en plus ou en moins,dans les heures detraYail, sans que cette modification soit accompagnée d'une moùif lcation équivalente dans les prix payés. La grève est donc un instrument de revendication; mais elle peut tout aussi bien être un instrument d'opp1·ession.En ch angeant de nature et cessant de se maintenir sur son \Tai terrain,qu i est le terrain économique; elle peut au besoin servir de pi-étexte à une agitation politique. Examinons la grève sous sa forme rle revendication. Dans les dissentiments qui divisent le patl'Onet l'ouni er, j'admets qu'il yen a un des deux qui a tort, et j'admets même a ssez volontiers, que le plus souvent c'est le patron; soit qu'il se laisse aller aux entraînements d'une autorité sans contl'ôle; soit qu'i l cherche tout bonnement à augmenter son gain, en rognant les salaires de ses o uvriers. Cependant, il peut se présentei- des circon stances, où les deux parties adverses sont acculées dans une impas se sociale, d'où il leur faut sol'tir à tout prix, sous peine de l'existen ce. C'est l'àpre combat pour la vie. Dans ce cas, ni l'une ni l'autre n'est responsable; elles sont en état de légitime défense. La co upable, c'est la société qui laisse subsister un système économique , permettant à semblable alternative de se présenter. Si on demande à un gréYiste : «Pourquoi cessez-vou s de traYailler? » et qu'il vous réponde:« Parce que je ne gagn e pas suffisamment pour Yivre et faire vine ma famille ... Que dire à cela? Si on lui objecte : ._Mais vous allez accroître vos di (fi cul tés, puisque, cessant de travailler, vous restez sans rien gagne r». S'il répond: « C'est vrai, mais je n'ai que ce moyen pour forcer mon patron à augmenter mon salaire». Que dire encore ? Ça, c'est la forme résignée, qui attend tout du bon voul oir des puissants; mais il en est une autre, la forrùe impératiYe q ue les tisseurs de Lyon ont, arnc une farouche énel'gie, formulée en d eux mots gros de menace: « du pain ou du plomb». En conscience, est-ce qu'on peut leur donner tort à ces hommes, qui ne demandent à une société maràtre que le droit d e vivre? Ce n'est pas tout. Si après avoir interrogé l'ouvrier on se tourne

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