REVUE DES LIVRES 371 M. Putsoge, et nous le regrettons pour la science sociale a trop, sacrifié lui aussi à cette mode colinsienne dans ses Etudes de science réelle qui ~ont remarquables à plus d'un autre titre, au point de vue cr1tique surtout. Comme il aurait pu faire mieux s'il avait suivi sa propre inspiration. le publiciste qui a en de sî ·bons termes, montré aux savants de notre temps le devoir social dont ils se soucient peu. Aimer l'humanité, dit-il, c'est souffrir du mal dont elle souffre; recherchi:ir la cause de ce mal c'est l'aider, c'est l'aimer. Toute science dont les recherches ne sont pas dirigées par l'amour de l'humanité ne peut être qu'une fausse science ; le savant qui ne travaille que ponr la g-loire ne la mérite p:is. M. Putsoge ne fait pas ressortir avec moins de bonheur l'insuffisance morale des systèmes actuels d'éducation publique : « Jadis l'éducation était tout et l'instruction était nulle; aujourd'hui l'éducation est nulle et l'instruction conduit à la négation de toute responsabilité et de toute justice. La démolition de l'ancien édifice social est complète, mais, jusqu'à pré~ent, on ne voit point encore s'élever l'édifice de la société nouvelle. Le règne de la foi a disparu, celui de la science réelle est encore à venir. ~ La pire de toutes les ignorances, c'est l'ignorance qui croit savoir; celle-ci est pour ainsi dire incurable, car pour apprendre quelque chose il faut nécessairement commencer par reconnaitre qu'on l'ignore, et l'on croit avoir aujourd'hui qu'il n'y a rien en dehors de l'ordre physique, en dehors des intérêb matériels et des passions à satisfaire. • Nous pouniom longuement citer en ce sens et avec approbation complète. Nous pouvons ajouter que toute la partie des Etudes de science réelle qui touche à l'économie sociale est irréprochable. Lisez cette magistrale esquiase critique de la situation actuelle : « La Révolution française, en supprimant le droit légal de la primogéniture, a aboli le privilège de la naissance au sein de la famille, mais elle a laissé debout le privilège de la naissance au sein de la société. Quoi d'étonnant, dèa lors, que la nouvelle organisation ait eu pour conséquence nécessaire :le nouYeaux abus et que les familles privilégiiles, dont les membres jouissaient également, dès leur entrée dans l'existence, des bénéfices de la fortune, d'l l'éducation et de l'instruction, aient continué à exploiter de leur mieux les familles prolétariennes dont tous les membre:1, n.tissant privés de ressource. dépendent nécessaireJent des classes aisées pour obtenir du travail et du pain. « Sous la féodalité, le serf, esclave domestique privé rle droits et de propriétés était du moins sous la protection de maîtres intéressés à ce qu"il ne meure pas de faim; et l'Eglise qui le faisait l'égal de ses mattres devant Dieu, lui promettait le paradis en ré~ompense de son esclavage terrestre. L'organisation bourgeoise, qui devait nécessairement su~céder à la féodalité, a supprimé l'esclavage domestique, mais elle y a substitué un esclavage social cent fois plus terrible. le prolétariat. « Le prolétaire est libre de chercher du travail ou il lui plait et s'il n'en trouve pas il est libre de mourir de besoin; l'industrie chôme-t-clle 1des milliers d'ouvriel':l sont mis sur le pavé sans ouvrage, sans ressources, et leurs gémissements ne troublent le repos ni la. conscience de leurs maitres ;le maitre n'est-il pas libre de renvoyer l'ouvrier quand il n'a plue besoin de son travail? Qui en peut si le travail manque? Le patron n'est-il pas le premier à en souffrir1 « L'esclave d'autrefois n'avait qu'un maître, celui d'aujourd"hui en a des mitliers et c'est pourquoi son esclavage est mille fois pire que l'esclavage ancien. « Le peuple est ce que l'organisation sociale le fait; en réalité, le peuple c'est l'humanité. Sous le rigime nobiliaire il y avait ti·ois classes sociales; et il n'y en
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