La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

LE DROIT DE GRÈVE ET SES CONSÉQUENGES 33 coup dégagé son maître. Le lien d'auto1·ité qui les unissait ami t été brisé; mais, il n'avait pas été, comme il aurait dû l'être, remplacé par un lien de solidarité. Sur le terrain de la pro<luction, il y eut deux agents concurrents; le plus fort, ou le plus adroit deYait nécessairement annihiler l'autre. C'est ce qui est arriYé. Le mouvement de 1789 a été incomplet. La Révolution a pu donner l'aflranchisement politique; mais, elle n'a pas su donner l'affranchissement économique, en organisant la production, seule manière d'émanciper le traYailleur. Du reste, elle ne le pouvait pas, les éléments d'organisation manquaient et entre tous, l'expérience. Il a fallu la cruelle expérimentation, que nous faisons depuis trois quarts de siècle, pour mir un peu clair, dans les profondeurs de ces ténèbres. Je ne m'étendrai pas sur les phases successi\·es, qui ont abouti au prolétariat actuel : extension industrielle prodigieuse, machinisme, division du travail, introduction <les femmes et des enfants dans la manufacture, etc., toutes circonstances, dont l'histoire n'est plus à faire. L'élan fut prodigieux. Il arrirn cependant un moment, où le travailleur, réYeillé de ses illusions, a Youlu réagir et a dit : « Non! dans ce que je produis, je n'ai pas mon compte; réYisom· le traité, je veux davantage, ou je m'arrête ». Mais, comme le capital était le plus fort, on s'est hàté de promulguer des lois restrictives, qui réprimaient toute coalition. La Révolution de 18,18 se préparait à combler la lacune laissée par sa devancière, lorsqu'elle fut t.raitreuse1nent étranglée; la bourgeoisie prenait peur du socialisme qui commençait à s'affln11c1·hautement. La conséquence fut la consolidation clu capitalisme. Pai· compensation, l'affranchissement: politique <leYintclcflnitif et fut inébranlablement constitué par l'établissement du suffrage universel. Le travailleur, avec son bulletin de vote, ne pouvait plus être classé dans les quantités négligeables : la vile multitude avait voix au chapitre. Conséquence : cette antithèse, qu'on a appelée l'Empire libéral, voyant s'en aller, pièce à pièce, sa popularité, fit jeter au travailleur, comme un appât, le droit"de grèYe. Le droit de grève peut donc être considéré comme une réaction de la liberté politique, contre l'oppression économique. Réaction, mais réaction malencontreuse. C'était, comme on dit, mettre l'emplàtre à côté du mal. Au lieu de donner une arme au travailleur en lui disant : « Défends-toi », il eût été, ce semble, beaucoup plus intelligent d'enlever au capital son omnipotence dans la production, en lui interdisant l'abstention qui était déja défendue au travailleur. Au lieu de dire : "' Grève partout», il eût fallu ·dire : « Grève nulle part». L'empire recula devant cette attaque au capitalisme. 3

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