RABELAIS ET _L'ÉGLISE 257 « jeùne seulement ne nous Yient a propous, car nous avons tant et (< tristant par là marène jeûné, que les araignes ont faict leurs « toilles sur nos dens. ,, - « .J'entends, responclit PanuPgo, les uns successiyement après « los aultros. Autrement n'en a,r-je vou qu'un a une fois. - u O gens, dieent-ilz, troys et quatre fo;rs heureux, vous soyez « les bien et plus quo h-ès bien yenuz ! Adoncques, continue l'auteur, se agenoillèrent deyant nous, et nous vouloient baiser les piecls, ce que ne volusmes permettre, ((leul's remonstrans que au pape, si la, clefortune, en propre per- <( sone Yenoit, ilz ne sauroient faire d'achantaige. - Si feeions_,si, respondirent-ilz. Cela est entre nous y a résolu. 11. Nous luy baiserions le cul sans feuille. (1) Les voyageurs débarquent précédés cle la députation qui cric <' a hault.e Yoix » : - « Ilz le ont veu : ilz le ont veu; ilz le out Yen ! i> La foule accourt de tous côtés eu s'agenouillant, joignant les mains et criant: « ô gens heureux! ô bien heueeux ! » « Tant « grandes feurent leurs exclamations, que I-Iomenoz y accourut « (ainsi appellent-ilz leur evesque) (2) sus une mule desbridée. » Celui-ci l~s conduit a l'église. En approchant de la porte du temple, ils aperçoivent « un gros « li \Te doré, tout couvert de fines et pt'écieuses pierres, balais, éme- « rauldes, diamans et unions, plus ou autant pour le moins excel- " leutes que celle que Octavian consacra a Jupiter Capitolin (3). Et « pendoit en l'air ataché a deux grosses chaisnes d'or au « Zoophore (4) dn portal. » Ils le regardent en arlmiratiou. Pantagruel, en raison de sa grande taille le manie et tom·ne à plaisir assurant qu'a son attouchement, il sent « un doulx prurit des ongles « et desgourclissements de bras, ensemble temptation vehemente en « son esprit de battre un sergent ou deux, pourveu qu'ilz n'eussent ,, tonsure. » I-Iomenozexplique alors que ce livre est un exemplaire des Décrétales « escriptes de la main d'un ange chérubin ... et miraculeu- « sement du ciel des cieulx transmises », puis promet de leur per- « mettre de les veoir et baiser en dedans " pourvu qu'ils consentent a jeûner pendant trois jours et a se confesser régulièrement. « - De confesser, répond Panurge très bien nous consentons. Le (1) Tout nu. (2) En Languedocien Homenaz signifie un homme niais, gros, grand et mal bàti. (3) Voyez Suetone et vie d'Auguste, ch. ~O. (4) Le portique dont les scul 1 1tures représentent souvent des animaux.
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