La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

256 LA REVUE SOCIALISTE où les coquins qui s'appelaient Alex.andeeVI et Jules II occupaient le siège pontifical. II Mais YoyonsRabelais, entrer en lutte. Avec quel art il attaque le monstre! Pantagruel et ses compagnons.ayant laissé l'île désolée des Papefigues ou hérétiques, abordent (1ansl'île des Papincanes, des amis fanatiques c1u pape. - Livre IV,ch. 48. Arnnt d'avoir mis pied à terre,ils sont accostés par une c1éputation composée des quatre états de l'ile qui leur cric saus préambule aucun: « Le avez-Yous veu, gens passagicrs? L'avcz-Yous veu ? « - Qui? demandoit Pantagruel. « - Celluy-là, respondirent-ilz. "-- Qui est-il? demanda frère Jan. Par la mort bœut,jc l'assom- « meray 11ecoups, pensant qu'ilz se guementassent (1) c1equcl(1ue la1·ron, meurtrier ou sacrilège. « Comment (dirent-ilz) gens peregrins, ne congnoissez-yous !'Unique? (2). « Seigneurs (dist Epistemon) nous ne entendons telz termes. Mais « exposez-nous (s'il vous plaist) de qui entendez, et nous ...-ousen « dirons la vérité sans dissimulation. « - C'est (dirent-ilz) Celluy qui est. L'ayez-Yous jamais veu '? « - Celluy qui est, responc1it Pantag:ruel, par nostre théologique « doctrine, est Dieu. Et en tel mot se déclara a Moses. Oncques cer- « tes ne le Yeismes, et n'est visible a œilz corporel~. <c- Nous ne parlons mie (flirent-ilz) de celluy haut Dieu qui do1< mine par les cieux. Nous parlons du Dieu en terre. L'ayez-Yous « oncques veu? - » Ilz entendent (dist Carpaline) du pape, sus mon honneur. » - « Ouy, ouy, respondit Panurge, ouy dea, Messieurs,j'en ay Yeu « troys, a la veue desquelz je n'ay gueres profict.é (8). - « Comment? dirent-ilz; nos sacrés déc1·étales chantent qu'il « n'y en a jamais qu'un vivant. (1) Qu'ils s'informassent, le verbe se quementer ou se guermenter est encore employé dans le Chinonais. t2) Celui qui existe seul. (3) Cecis'applique à Rabelais qui avait vu ou qui avait pu voir trois papes dans les différentes voyages qu'il fit à Rome : Clément III, Paul III et Jules III ; car il est à présumer qu'il était encore dans la ville éternelle à la date du 8 février 15~0, jour de l'élévation de Jules III au pontificat.

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