La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

RABELAIS ET L'ÉGLISE 255 caire pontifical, après aYoir cit.é 10 canon du décret dont nous ycnons ,1c pal'ler; iln-cctiYe son adY0rsair0, Laurent Yalle, en ces termes : « Tu entends que le sounirain pontife a été appelé Dieu (< par Constantin, cela, dis-je, a été fait lo1·squ'il l'honora de ce bel (< édit et l'adora comme Dieu, lui conférant autant qu'il !put les « honneurs diYins. » Le carclina! clu Perron, daim sa lei,!re <k J'('mrrcienwn t au pape Clément VIII (fin <1uxvIIc sièclr, s'exp1·imc ainsi : (< J'ai toujours (< 1·éYét'éYotre béatitude comme un l>ieu rn tc1Tc. (< Elie Ifasenmuller, dans son IIistoi1·0 th' 1'01·d1·edes Jésuites, i111prim&c a Francfort en 1~83, tl it posi lin'rnrnt : (< Jes11ilarumpater, (< ipsorum confessione, est autem papa, est autem papa Deus terrenus (< et Dominus hujus seci~li. » (1) Fl'Oissarù lui-mème ose écriee ceci, tomr 4, ch. 10: « Comme il n'est qu'un Dieu es cieux, il ne peut, ne doit csfrc de (( dl'oict qu'un seul ])icu en ie1Te. » L'autcue clos huitains explicatifs tlr la Grande Danse Macalwe, imprimée en U8G, fait <liL'cau pape: «Rée: faut-il que la danse mainnr « Le premier: qui suis Dieu en terre. )> Enfin nous tt-ouyons cc qui suit <lans !'Apologie pom· Jiorodotr, ch. XXV: « Cc qui se rapporte fort bien a. cc qu'a esc1·it un cel'tain Italirn « de cc qui fut dict par un cardinal qui estant malade a. la mort, et « ayant youlu cstre confess6,quarn1 le confessC'm'lui pa1'la d'ado1·r1· « un soul Dieu,il (1ict qu'ainsi faisoit-il,nrnis quo c'estait lr pape,car « d'autant que le pape est Diou en tel'l'c je l'a.r mieux aimé ado1·r1·, « pourcc qu'il est Yisiblc, que non pas l'autre (JUi c~t inYisiblc. » Il est donc bien établi qu'aux XIY, XV et ;x_yr• sièclrs l0 pape était considéré comme un Diou et traité comme tel. Bo1·giadieu, ô imbécillité humaine ! Telles sont les Décrétales enrichie~ de leurs gloses, tel est cet étrange monument f1el'orgueil et de l'ambition qui Jll'éternlait régenter tous les hommes et auquel Rabelais osa dt'clarcr la guerre implacable de l'ironie et qu'il a fini par livrer a la risée de la po~- térité. Maintenant qu'on le blâme si on l'ose. Pour nous, nous saluons le grand satirique et nous lui rendons les plus sincéres actions de grâces, lorsque nous songeons surtout que les maximes que nous venons d'ex.posertrouYaient despartisans fanatiques juste au moment (1) Le père des Jésuites est le pape, de leur propre aveu, mais le pape est le Dieu terrestre et le maitre de ce siècle. •

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