La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

LES CONFLUENTS DU SOCIALIS:\'IE 2:3 les forces productives de l'homme, favorisant par suite la multiplication des produits, tout en diminuant la durée et la peine du travail, ce qui est du socialisme au premier chef. Il fait du s9cialisme, l'écrivain qui, dans le livre, le drame ou le journal, apothéose les sentiments de justice envers les hommes, de pitié envers les animaux, de compatissance envers tout ce qui souffre, car tout ce qui développe la bonté - la bonté, ce diamant scintillant de l'âme humaine - est socialisme. Il fait du socialisme, le progressiste qui trarnille et combat pour la liberté, sous quelque forme, politique ou ::;ocialequ'elle se présente; car le socialisme tend à délivrer l'être humain, noblement soumis au devoir moral et social, de toute servitude, de tout ,arbitraire. Il fait encore du socialisme, l'altruiste pratique qui passe en faisant le bien, là secourant , là consolant, là fortifiant, partout luttant contre l'égoïsme rapace, ce père de toutes les iniquités; partout faisant aimer la bonté, cette source féconde des dévouements socialistes. Saluons ces collaborateurs qui trop souvent nous méconnaissent, que trop souvent nous méconnaissons; amenons-les plus avant dans les voies de la lumière et de la justice, ce sera d'abord mettre dans notre jeu l'opinion, ce facteur impondérable mais si puissant des grandes réalisations humaines; ce sera unir l'idée et la force et les rendre invincibles en les multipliant l'une par l'autre. Toutes les forces vives nous appartiennent. Si Guizot a pu dire de la Démocratie que« c'est le déchaînement de la nature humaine tout entière sur toute la ligne, et à toutes les profondeurs de la société » (1), à plus forte raison pouvons-nous dire que le socialisme contient en lui, et doit combiner, tous les efforts, toutes les aspirations, ayant pour objet un accroissement de force, de bonheur et de justice. Ceci nous amène à ajouter que si l'idéal fortifie, en les poétisant, les revendications populaires, la science qui éclaire n'est pas moins indispensable à leur durable triomphe. Le socialisme théorique n'a actuellement que des économistes et des politiciens, il lui faut des philosophes, des savants, des historiens, des littérateurs, des artistes, en un mot des représentants dans toutes les directions de la science et de l'art. Le triomphe est à ce prix. C'est par·ce que, en même temps que l'enthousiasme populaire, elfe eut avec elle l'élite de la science et de la philosophie que la Bourgeoisie française du xvm• siècle pût atterrer le despotisme monarchique et les privilèges féodaux.Elle n'eût pas en effet dans l'ordre intellectuel que des démolisseurs commeVoltaire, ennemi de l'Autel, comme (1) Guizot : !Je la J)émocratieen France.

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