22 LA REVUE SOCIALISTE prononça fièrement ces magnanimes paroles devant les pairs de Louis-Philippe réunis en Haute Cour de justice, pour juger des hommes qui les écrasaient de leur supériorté morale : « Il faudra voir s'écria le vaillant conjuré, il faudra voir à qui restera la victoire, nou demain, non après-demain, que nous importe? Non pour nous, quo nous importe encore? C'est l'espèce humaine qui nous occupe.» Avec de tels mobiles, on finit toujours par être victorieux, « non pour soi, mais pour l'espèce humaine », suivant la noble expression du Républicain de 1834.Sans eux on ne saurait vaincre durablement car ce n'est pas trop, encore une fois, que la réunion de toutes les forces morales et ,le toutes les ün·crs révolutionnaires d'une génération, pour-lever l}tpierre sépulcrale qui pèse sur le paria collectif des civilisations passées; ce qui revient à dire, en nous appuyant sur des témoignages significatifs, que dans toute grande œuvre humaine, comme c'est le cas lorsque nous parlons du socialisme, « les éléments idéaux, les forces morales ùoiYent être reconnus dans une large mesure -» (1). Nous ne pourrions d'ailleurs faire autrement, car: « Le sentimenfn'abdiquera jamais; il sera toujours le premier moteur des actes humains (2). ,, Il sera toujours aussi une grande force que nous aurions grand tort de dédaigner et c'est pourquoi pour nous, ainsi que nous l'avons dit ailleurs (3), il fait du socialisme, le savant, le penseur qui trouye au fond de ses recherches, de ses méditations sur la nature des choses, le mystère de l'éYolution uniYcrselle, cette éternelle formation et transformation dos êtres et des choses, car, ce faisant, non seulement, il leve un coin du Yoile n.'Isis et de l'impénétrable vérité absolue, mais il donne encore sa démonstration scientifique à la loi de la solidarité qui est à l'ordre moral c~tsocial ce que la loi d'attraction est à l'ordre physique. Il fait du socialisme, l'inventeur, savant ou praticien, qui soumet ( 1) Alexandre de Humboldt : Cosmos. {2)Claude Bernard : La Philosophie expérimentale. Cet aveu de tleux illustres savants qu'on ne saurait accuser tle sensiblerie, l'un d'eux ayant terni sa gloire dans les cruautés inutiles et condamnables de la vivisection,nous est pro• cieux à enregistrer. Est-il besoin d'ajouter que nous parlons ici de sentiments éclairés relevant do la conscience, en tout cas, et, si possiblo du savoir,de sentiments contrôlés en quelque sorte, non d'impulsions aveugles ne l'elevant que de l'instinct. Nous voulons l'enthousiasme, nous repoussons le fanatisme (politique ou religieux, peu impol'te) force d'ordre inférieur. Si le fanatique est quelquefois honnête, littéralement parlant, il est aussi incapable de justice que d'intelligence; défions-nous de cet être incomplet, haïssable, même lorsqu'il se dévoue,et toujours funeste aux causes qu'il embrasse, quand même il les aide momentanément à réussir, car il les rétrécit, prépa.rant ainsi les chutes ou les déviations prochaines. (3J Revue socialiste <lu 15 octobre 1887.
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