La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

ANTHOLOGIE SOCIALISTE Chacune, e11souriant, dans ses belles dents blanche s Mange un enfant vivant! Mais qu'importe I riez! se plaintlra-t-on sans cesse? Serait-on emvei·eur, prélat, p1·ince et princesse, Pour ne pas s'amusei·? Ce peuple en larmes, triste et que la faim déchire, Doit êtee satisfait puisqu'il vous entend rire Et qu'il vous voit ctanser ! Qu'importe I Allons emplis ton coffre, emplis ta poc he. Chantez le Yerre en main, Troploni:i;,Sibour, Baroch e! Ce tableau nouRmanquait. Regorgez, quand la faim tient le peuple en sa serre, Et faites, au-dessus de l'immense misère, Un immense banquet! IV Ils marchent sur toi, peuple! 0 baeeicade Rombre Si haute hier, dressant clans les assauts sans nombre Ton front de Rang lin-é, Sous la roue empol'tèe, étincelanle et folle De leur coupé joyeux qui rayonne et qui Yole, 'l'n l'L'deYienspavé. A Césm· ton arg-ent; peuple, a toi la famine. N'es-tu pas le chien Yil l1U'Onbat et qui chemine 1Jereiè1·eson Reigueu,·? A lui la pom•pre; à toi la hotte et les guenilles. Peuple, à lui la beauté de ce:,;femmes, t.es filles, A toi leur déshonnem· ! V Ah! quelqu'un paeleea. La mu e c'est l'hi.c;;toire. Quelqu'un élèYera la voix dans la nuit noire. Riez, bourreaux bouffons! Quelqu'un te Yengera, pauvre France abattue, Ma mère! et l'on verra la parole qui tue Sortir des cieux profonds! Ces gueux, pires brigands que ceux des vieilles races , Rongeant le pauvre peuple avec leurs dents YOrace s, Sans pitié, sans merci, Vils, n'ayant pas de cœue, mais ayant deux Yisages , Disent : - Bah! le poète! il est dans les nuages! Soit. Le tonnerre aussi. ( Çhâtiments) Victor HUGO. 227

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