20 LA REVUE SOCIALISTE sens vulgaire du mot; mais ce qui ne l'est pas, c'est que jamais on n'entraînera les foules aux luttes héroïques pour un but social, en ne leur parlant que d'intérêt matériel; pas d'entreprises viriles sans idéalisme : le réel et l'idéal sont deux frères jumeaux qui paraissent ennemis et n'en sont pas moins inséparables (1). Oui, trois fois oui, la passion surexcitée pour le bien public, la vision d'un idéal accepté et caressé, le sentiment profond qu'on se dévoue pour quelque chose <lehaut et de bon, sont (abstraction faite du fanatisme religieux) les seuls grands entraîneurs des foules. C'est par eux, c'est par les irrésistibles enthousiasmes qu'ils allumèrent dans les âmes, que le monde vit les merveilles de l'an II <>t le triomphe de la Révolution française. « On fait injure à l'homme gram1ement, quand on <.litqu'il peut « être séduit par la facilité (ou le seul intérêt). Difficulté, abnéga- .. tion, martyre, mort, voilà les appâts qui agissent sur le cœur <le « l'homme. Allumez sa généreuse Yie intérieure et -vous avez une « flamme qui consume toutes les basses considérations (:?). L'expression de Carlyle est peut-être excessive, mais le fond est vrai. Il est dans la nature de l'homme, <lene pas se laisser sevrrr d'idéal et de ne pouvoir accomplir de grandes actions que sous l'impulsion toute-puissante des sentiments altruistes; la poétisation de la lutte, la conviction que l'on se voue à quelque chose de supérieur (patrie, liberté, justice sociale) a toujours été la source <le l'héroïsme et le chemin de la victoire. Ce n'est qu'en s'inspirant d'une foi nouvelle, qu'en remplaçant l'atavisme religieux qui est au fond de chacun de nous (aussi matérialistes que nous prétendions être) (:3),par un vaste idéal humain, par une conception de la vie et du devoir propre à ouvrir nos pensées et nos cœnrs à toutes les justices nouvelles, propre à nous faire consentir à tous les dévoue- (l) Georges Renard : Etudes sur la Franc~ contemporain,. (2) Thomas Carlyle : Les Héros, le culte des Héros et de l'héro'ique dans L'lfistoire, traduction française d'lzoulet-Loubatières. (3) Tel qui se croit émancipé n'est qu'un c vieil homme > retourné, je n'en veux pour preuve que ce fait : que beaucoup de ceux qui se croient affranchis du christianisme et devenus de parfaits matérialistes, ont justement conservé de la religion répudiée ce qu'elle eut de plus mauvais, l'étroitesse sectaire et l'intolérance haineuse vis-à-vis de qui ne pense pas comme le croyant. Ils ne sont que des anti-chrétiens, leur foi nouvelle est aussi absolue que leur foi ancienne. Nullement pénétrés de la relativité de toute chose, dans l'éternelle et universelle évolution, ils ne savent pas qu'il y a du bon dans toute recherche; que, plus qu·on ne croit, il entre de bonne foi, de bonne volonté dans toutes les croyance, et opinions humaine, et qu·ou ne peut arriver à la justice qne par la modestie qui n'exclut pa, la fidélité à ses convictions, ni la constante recherche du mieux et 11uia pour corollaire la bienveillance envers tous les hommes au .. , sens large la bonté.
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