La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

18G LA REVUE SOCIALISTE cloyoir à ces époques reculées, ces deux génies séparés par l'espace et le temps, manifester <l'unefaçon aussi éclatante loul' communauté d'origine? Au bord <ln Gange comme sur les 1·irns ,le l'Illissus, le sage al'yien glorifie la nature et célèbre la. Science, seul garant tlu bonheur <lel'homme. Du reste en étnblü,sant les bases de la mo1·alescientifü1ue, <liLe encoee in<lncti-re ou utilitaire, Démocrite, pas plus quo le:, philor-;ophesmaté1·ialistes ultérieurs, ne faisait appel aux basses inspirations de l'intérêt exclusivement personnel, on mal entou,lu. Lni aussi p1·êchel'amom· du prochain, l'une do:, cofülitions nécessaires, pour toute âme vraiment droite, <le cc bonheur que chacun doit s'efforcer <leréaliser clans cette Yie sans lendemain. Il proclame, ot on temrns admirables clans leur précision, ce g1•an<lprincipe de la bionYeillance ou de la soli,larité, -ranté r-;ijustement par Hobbes (1) comme un des éléments les I)lus i1111ispensablesde la vie sociale. « Celui qui n'aime pe1·sonnne, <lit-il, court grand risque de n'être aimé pnr personne (2) ». « L'homme injuste ost plus malheureux. que celui qui souffre <lel'inj usUce (3) ». Bt enfin: « Il est <l'imgran<l cœur <l'èl.reirnlulp;ent ponl' les fautes des autres.>> (4). Ce qui n'a pas empêché l'un des radicaux do l'Eclectisrne de dil'C son fait au philosophe ,l'Ab,lère : << Los caractères essentiels <le ri~thique de Démocrite, écrit M. Renouvier, sont les mêmes que uouH avons reconnu à la plupart deH floct.rines de l'antiquité : ils se réduisent tous au pt·incipe de l'isolement ou de l'égoïsme. Ce mépris de la vie c·ommune et des hommes vuigail'es qui coulait <lans les lnrmes symboliques d'Héraclite on sait qu'il s'exhalait ·en railleries muettes ayec le rire perpétuel de DémocL·it.e;et ce (louble mythe du <lésespoir et du <1é<lain ous représente presque toute la morale de l'antic1uité avant Socrate. » (5). Il valait la peine de citer ce romai·quable échantillon de la polémique spiritualiste et cle l'esprit« libéral» des partisans du libre al'bitl'e. Je suis tenté <le préf'erer à ces messieues leur maîtl'e Platon, qui par l'effet <lela haine ou de la jalousie, ne pal'la jamais do Démocrite, si bien qu'un bruit f'àcheux s'aect•é1lita sur le compte du disciple de Socrate, soupçonné d'ayoii· Youlu bn'tle1· les œuvrns de celui qu'il désespérait de réfuter (6). (1)Hobbes, Leviathan, Part, I. ch, 15. (2) Démocrite, loc. cit. fragm. 161. (3) Ibid. fragm. 224.. (4.) Ibid. fragm. 14.9. (5) Renouvier, Manuel de Philosophie ancienne, tom. I. p. 261. 184.4.. (6) Diogène Laert. Liv. IX. 8 (p. 237 de l'édition Didot),« Quelque incroyable que puisse nous paraître un pareil fanatisme, dit Lange, il ne s'en :iccorde pas moins avec le caractère de Platon; et comme le garant de

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