La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

182 LA REVUE SOCIALISTE pide. c·est chez nous seulement, qu'à l'imitation des Espagnols, on a fait à cette passion, dans le théàtre, une place aussi dispropor- .tionnée. Il no scnieait ,le rien d'alléguer, a propos de tout cc f1uiprécède, qu'il s'agit la <letypes empruntés au drame ou à l'épopée, et non ,le personnages réels. Certes, on ne Yo;raitpas ton!"les jours à Athènes, pas plus qu'aujourd'hui a Pa1'is ou à Londres, (les Pénélope et dC's Alceste. Mais la peinture ,le ces types suhlimC'snous ré-vèle amplement l'iclée que se faisaient les G1·ecs<le la rnoraliié parfait.c, en même temps r1u'elle nous mont,,e combien, a crt égar,l, ils sont supérieurs aux cheétielîs, loin rl'aYoir été dépassés 1m1e· ux. Mais on insiste, et. l'on prétend que pour ce qui regaerle la femme, elle était dans tous les cas, 1·eléguéeà Athènes au fonrl du gynécée, comme clansun harem, sans droits, sans honneur, sans liberté. Outre que les exemples cités plus haut, et tirés des tragiques, n'auraient yraiment pu se procluire aycc <le pareilles mœurs, l'absurdité de cette opinion éclate au premier examen. En dehol'S de· la mauYaise Yolonté toujours a l'œuvre <les autours chrétiens, l'appréciation erronée de la situation de la femme dans la cité, au temps cle Périclès, tient pour une bonne part à un malentendu. Parce que les femmes « comme il faut, » <li,·ait-on aujourd'hui, ne <leYaientpas se montrer trop sou-vent en public, aller faire lem·s commissions elles-mêmes, on en a tiré les conséquences les plus inattendues. On n'a pas considéré que les choses se passent à peu près de même actuellement dans la classe riche. Mais a Athèn0s, les femmes pauvres ou de condition modeste sortaient continuellement pour lems affaires, comme aujourd'hui celles cleLon,lres et <leParis (1). La vérité est que les Athéniens honoraient comme il conYient ces femmes dont les fils s'appelaient Harmodius et Aristogiton, Miltiade, Thémistocle, Périclès, Eschyle, Buripi,le et Phidias : « Citoyens! écoutez tous, chante le chœur des Athénienne~ <lansLysistl'ata, j'ai a donner d'utiles conseils à cette Yille, qui le mérite par les éclatants hommages clont elle a comblé ma _jeunesse.Dès l'àge de sept ans,je portais les yases sacrés: a dix ans,je broyais l'orge pour l'autel d'Athènè; puis je fus consacrée à Diane dans les Brauronies. Ne puis-je donc pas donner de bons conseils àla cité?Quejesoisnée femme,peuimporte,si je dois remédier a Y0smaux? Je paie ma part de l'impôt en donnant des hommes à l'Etat. » (2) Mais bien plus, la question dti « Droit des femmes » se trouYe (1) Cf. Voyage d'Anacharsis, tom. II, ch. 20 .._ Becker-Goll, loc. cit., t. III, p. 387 - Ivan Müller, lot. cit., t. IV, p. 447 a. - Aristote, Politiq. IV, 15 - Aristophane passim. (2) Aristophane, Lysistrata, v. 638 sq.

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