174 LA REVUE SOCIALISTE La moralité est chez:eux le produit de l'Etat, bien plus que des institutions 1·eli~ieuses. De là aussi, naquit la possibilité d'une science indépenclante » (1). Dans un or<lre d'i<lées un peu diffé1°ent,mais en se plaçant à un point de nie non moins déplorable, M. Jules Girard a voulu représentel' les Hellènes comme les apôtres de la mélancolie religieuse et ,lu p0ssimisme. « Il y a en réalité chez le Grec, dit-il, un souci de lui-rnème, de sa condition et <le sa destinée, qui s'éyeilla en même temps que sa brillante imagination, qui mit ,lans ses premières œu\Tes, quelque énergiques qu'elles fussent d'ailleurs, un accent. cleplainte, dont rien,chez les moclernes, n'a dépassé la fo1·cepathétique, et qui, plw, tard, réussit par un re<loublement <lepassion, à rlégager les Ïllées qu'il contenait. 11est Yrai que la religion ne put le souteni1-,ni même le suinejusqu'au bout dans cet effort intellectuel et.m01·al Yel'S un i,léal <le sérénité. Ce fut l'espl'it si grec de Platon qui, recueillant ces anciennes conceptions sur les destinées humaines, les po1-ladans un élan décisif jusque bien près de leur terme; et rle cette manière, la t.l'atlitionreligicuse entra directement ,lans la philosophie )> (2). Eh bien, nop. Il n'y eut cle grec, de Yéritablement Aryen dans Platon que cette imagination brillante, que ce style admirable, dont le~ enchantements ont 11issimuléaux yeux éblouis des générations postérieures, la sécheresse, le caractère ascétique, - dorien peuti•t.re,- mais à coup sùr anti-hellénique, de pareilles conceptions. • Il est possible que, selon l'expression de M. de Laprade, il n'ait fallu à ses disciples et aux apôtres de Jésus « que le temps de se parler et de se compu:mclre pour s'embrasser au nom du Logos éternel (3).Mais le fait est que la vraie « tradition religieuse )) des Gt·ecsn'est que l'ensemble des croyances exposées dans les 1·hapsotlies homériques, en conformité ayec les mythes de la race IndoEut·opéenne; et la Yérité, c'est aussi, qu'entre tous ie~poètes, Homère est expulsé le prerni01· de la République de Platon (4). Les « anciennes conceptions sur les destinées humaines » auxquelles (1) Adolf Holm Griechischce.iesehichte, tom. 1°r, p. 2, Berlin 1886. ('.!) Jules Girard, Le sentiment religieux en Grèce,d'IIomére à Eschyle. Paris 1879, p. 6. (3) V. de Lapmde, Du. sentimentde la Nature avant le Christianisme. Paris, 1886, p. 254. Encore la formule est-elle erronnée; les disciples de Platon sont réellement ~alomniés ici dans une bonne mesure. J'aurai à revenir sur ce livre, qui renferme, à coté de quelques aperçus lumineux, le germt:i de tous les sophismes des Havet et tles J. Girard touchant les sources soi-disant helléniques du chl'istianisme. (4) Précisément comme trnp grec, trep amoureux de la nature, respectueux de la chair et des sens. Voy. Platon, Politeia, II et III, p. 377-398 (édit. d'Etienne).
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==