La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

144 LA HEVUE SOCIALIST(l; Il faut Yoir la situation économique telle qu'elle résulte de ces errements; et certes, elle est loin d'être réjouissante. Notre société est une cohue, où chacun bouscule ses Yoisins pour aYancer; c'est une curée, où la moindre parcelle doit ètre emport.ée de haute lutte; les gros mangeant les petits, à moins que ceux-ci ue se met.tent en nomb1'e, pour résister. Et on appelle cela cle la liberté! Tel patron tit'O son unique bénéfice rles réductions successiYes qu'il a opél-ées sur le salaire de ses omTiers, salaire descendu à un minimum ap1'ès lequel, il ne leur reste plus qu'à crever de faim. Qu'est-ce que cela lui fait? Le Youlût-il, il ne peut 1·eculer; son con<.;m·i·entest là, dCJTière lui, qui le suit dans la même voie. Que la Yeine tom·ne, que ce :-;oitle t1'axailleur qui tienne la corde, on le \'Oit au::;sitôt 1wentl1·esa reyanche ,.l\'ee entrain. « Pafron, tu m'as fait ti1·e1·la langue, <.;1•,whàc p1•(•sentte:-;én1s ! >> Trouyez-moi donc un pat1·011qui soit plaint par ses omTie1·s, quancl il sombre industriellement et se ruine. La seule considération qui les touche, c·est que la <lébàcle peut fermer les ateliers et leur faire pe1·dre leUL'traYail. Trouyez-moi tlonc un patron, qui songe à ce que deYiend1·01itses ouvriers, lorsque la baisse des affaires l'oblige a tles suppressions de personnel, ou à des mises à pied plus ou moins prolongées. Chacun pour soi ! C'est le cri général. On a prétendu que la grèYe est un fruit de l'industrialisme, par cette raison, qu'elle séYit surtout clans les grands centres inclust1·iels. C'est plutôt spécieux. que Yrai. N'oublions pas que sa formule est : « je garde mon tt•ayail, garde ton argent ». Dans les grands cent.t·es, cette formule, répétée par des milliers de Yoix., ne peut passel' inentenclue. Il y a agglomération de tmYailleurs, ils se sentent les coudes, ils pem·ent se réunir, causer de leu1·s griefs et foemer, moitié par persuasion, moitié par menace, des eoalitions rerloutables. Mais la grève est un mal qui se manifeste encore.d'autre façon. A côté tles grèves bruyantes et tapageuses, il y a la cessation de travail, qui ·e fait individuellement et sans bruit; ce qu'on pourrait appeler la grève des unités. Cette grèYe des ouwiers qui successiYement, un à un, délaissent leur traxail ordinaire est la plus dangei·euse, parce que, une fois commencée, elle est in<.;essant.eet qu'on ne peut prendre aucune mesure pour l'enrayer. C'est la grève des unités qui a dépeuplé les campagnes pour encombrer les Yilles. La chose est toute simple et il ne pouYait guère en ètL'e autrement, puisque tout se réduit en salaires. Le tmntil agricole étant plus pénible, moins rémunérateur, exigeant plus d'heures de travail pour moins d'argent, il n'y avait aucune

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