J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

HISTOIR.8 SOCIALISTE peul se défendre contre les forces subsistantes du passé sans faire appel aux forces de l'avenir. Deux fois la démocratie napoléonienne a élé engloutie dans le désastre, el maintenant, sous la forme républicaine, c'est bien le peuple qui gouverne par le suflrage universel. li dépend de lui de conquérir le pouvoir. Ou plutôt il l'a déjà conquis, puisqu'aucune force ne peut fairn échec à sa volonté légalement exprimée. Mais il ne sait pas encore en faire usage. 11ne sait pas l'employer vigoureusement à sa pleine émancipation économique. Les millions de travailleurs, ouvriers ou paysans, ne sont plus théoriquement des citoyens passifs. Il le sonl restés trop souvent oncoro par la résignation aux vieilles servitudes, par l'indiflérencc à l'idée nouvelle qui les affranchira. Mais c'est déjà chose immense qu'il suffise d"un progri•s d'éducation du prolétariat pour que sa sou,•eraineté formelle devienne une souveraineté subslantiell~. Aussi bien, dans l'ordre de l'enseignement aussi, le progrès est grand depuis un siècle. Tous les enfants de la nation sont appelés à l'école: le grand idéalde Condorcet est réalisé ou en voie de réalisation. El cc n'est plus l'(:glise, complice des tyranies sociales, qui domine l'éducation el faconnc le peuple. Elle a été réduite à n'<'lre plus qu'une association privée; cl c'est la science, c'est la raison qui animent l'enseignement public. C'est la grande lumière de !'Encyclopédie, mais plus large el plus ardente,qui emplit !"horizon. La pensée socialiste, héritière des audaces extrèmes du xvm' siècle, commence à pénétrer les instituteurs de la nation. De m~me, au point de vue social el dans celle portion mèmc de la démocratie fran~aisc qui n'a pas encore adhéré au socialisme explicite, c'est une conception bourgeoise, encore mais déjà sociale, de la propriété qui a prévalu. Elle n'est pas, comme pour les Constilnanles, la condition de la souveraineté politique : l'homme le plus pauvre, le plus dénué, csl poliliqucmenl l'égal du plus riche. Elle n'est pas non plus un absolu intangible. En demandant au Capital, par un imp<ll progressif sur les successions, une part croissante des ressources publiques, en proclamant que l'l~lal a le droit el le devoir d'imposer aux possédants des contributions pour assurer les non possédants contre les risques naturels cl sociaux, le radicalisme fran,;ais, subordonne théoriquement le droit de propriété au droit supérieur de la nation : il reprend à sou compte le mot de Hobespierrc définissant la propriét<' : la portion de ses biens garantie au citoyen par la loi. Et il se peul que le radicalisme, ap,·ès a,oir accepté celle formule, hésite à l'appliquer hardiment cl pleinement. Il se peul qu'il redoute que celle formule, maniée par un proléta,.-ial vigoureux et fort, el appliquée à une société où la puissance économique est concentrée à nou,·eau dans une oligarchie, ne conduise par degrés à la socialisation générale de la société capitaliste. Celle défaillance du radicalisme gouvernemental, si clic se produit, n'empêchera point l'eflet de l'idée qui s'e5l développée dans la clt'mocralie fran~aise. C'est le socialisme lui-mème qui se substituera alors au radicalisme dans la LIV. 8(1. - lllSTOtnt: SOCI.\LISTt:. - CO'\CLL"SIOZ\. - Ln·, 811

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