J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE )lais la capitulation signée, la paix conclue, une Assemblée légale siégeant au nom du pays, il devenait impossible que les événements s'acheminassent vers de lellcs fins. La bourgeoisie devait fatalement, au contraire, se dérober et bientôt mème s'opposer à la poussée révolutionnaire. Ainsi fut-il. La Commune du 18 mars se manifesta prc~que aussitôt comme un mouvement spécifiquement prolétaire; elle fut flairée el éventée comme telle par tous les prudents, tous les habiles, tous les nantis el le vide se fil aulomaliqucmenl à ses cotés. Quinze jours ne s'étaient pas écoulés que s'était déjà nouée contre elle, hors Paris el dans !'~ris, la coalition de tous les éléments bourgeois béné_ ficiaircs du régime économique existant cl qu'elle rencontrait, pour la vilipender, la déshonorer cl la cannoncr, les républicains cl les radicaux à la Louis lllonc, à la Clemenceau ou :\ la Brisson, aussi acharnés, aussi venimeux el aussi implacables que les pires el les plus authentiques réacteurs. Elle n·a,·ail plus avec clic, pour la défendre comme pour l'administrer, que des prolétaires cl quelques rares transfuges de la bourgeoisie, déclassés qui n'apportaient que leur personne. Dans ces conditions, l'issue n'était pas douteuse. La classe qui s'était emparé du pouvoir el qui se trouvait du fait de la volonté de l'adversaire, beaucoup plul<ll que de la sienne, jetée à la barre était inapte, en effet, à assumer la lùcbe que le destin moqueur lui imposait. Elle manquait presque totalement, même dans son élite el, à plus forte raison dans sa masse, des capacités indispensables. Elle pouvait fournir des combattants el des marlyrs en nombre, non des administrateurs el des dirigeants; son pauvre étalmajor était cl s'accusa bien \'ile insuffisant quanlilalivemenl cl qualilali- ,·emenl. Imaginez du reste, celle p_remièrc difficulté dominée, ce premier obstacle tourné ou surmonté, qu'un autre, infranchissable celui-là, se fut dressé, aussitôt. Eut-elle compté dix Varlin el dix Fra·nckel au lieu d'un, que l'élite révolutionnaire se serait trouvée aussi impuissante à hausser à son niveau le gros du prolétariat parisien. Toutes les lois, tous les décrets étayés des.considérants les plus orthodoxes el les plus rigides, Ioules les mesures, même les plus radicales el les plus osées, n':,: eussent rien fait. C'est qu'une Révolution, une Hévolulion sociale, moins que Ioule autre, ne s'improvise pas, ne se commande pas. li y faut une longue, lente cl appropriée préparation. li faut que la classe qui en est le support el l'agent, soit en mesure de succéder. Cne minorité audacieuse peul, c'est évident, se substituer dans le gouvernement à une autre minorité. el quelquefois durer, en s'adaptant par transactions au milieu ambiant. Mais une classe ne se substitue à une autre, n'impose avec son idéal un statut social nouveau, que si elle a acquis les capacités requises pou,· assurer au mieux l_esronclions vitales de la collectivité\ pourvoir aux besoips essentiels de celle collectivité plus exactement et plus complètement que la classe qu'elle chasse, élimine ou résorbe. Or, en ces jours de mars el de mai 1871, la cluse ouvrière, assurément,

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