J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

/ HISTOIRE SOCL\LISTE devaient pns rendre leur proie ou rejelés du pays nalal sur le chemin sans fin de l'exil. Pour lrouver aussi forl, aussi monstrueux, il faut remonler jusqu'à Home, jusqu'à la ~lédie et à l'Assyrie, aux prodigieuses tueries des temps barbares où l'homme élail un loup pour l'homme, le savait et le disait. C'est, qu'aussi bien, ce n'était plus deux peuples ici qui se heurtaient, c'étaient deux classes aussi étrangères l'une à l'autre que les Assyriens el les Juifs, les Carthaginois el les Romains, aussi irréducliblement ho;tiles, les asservisseurs contre les asser\'is, les spolialcurs conlre les spoliés, les maîtres contre les e~claves, et que s'il est un droit international et un droit des gens de chancclle1·ie à chancellerie, de gouvernement à gouvernemenl, de nation à nation, il n'en esl pas et n'en peul pas êlre pour les classes qui se mesurent dans les· fronlii•rcs d'un mème pays, cl s'y disputent non pas un lambeau de province~ mais le droit à la vie, à la jouissance des fruits du travail. Ici, il n'y a plus qu'une règle, qu'une loi, la loi du plus fort cl malheur au plus faible. Qt:ELQt.:J::S CONSIOÉRATIO'.'\'S Il n'est rien de malaisé comme de juger un mouvement avorlé. Les vaincus ont toujours tort même pour qui les aime, pour qui fraternise avec eux. Celui-là qui eut le plus souhaité leur victoire est tenté bien souvent de se montrer le plus sévère. C'est pourquoi, sans doute, la Commune a obtenu el obtient Pncore si peu d'indulgence de la pari des intellectuels, même sympathisants, qui ont bien voulu s'occuper d'elle. La Commune n'a trouvé grâce, en somme, adhésion franche et entière, qu'auprès du prolétariat qui, négligeant le détail el l'accidentel, par conséquent les faiblesses, les incapacités et les tares individuelles, ne s'est souvenu que de la barricade donl il projette l'image sur l'écran du passé comme celle de l'épisode le plus héroïque jusqu'ici el le plus notoire de sa lutte séculaire contre les détenteurs du Capital cl du Pouvoir. Vision simplifiée, peul-être, el qui ne licol compte ni des oppositions, ni des nuances! liais, à loul prendre, ne serail-ce cependant pas la plus juste el même la seule juste? C'est vrai, - on l'a dit, nous l'avons dit aussi cl essayé de le montrer, - la Commune rut un mouvement étrangement mêlé et confus à ses origines el traversé dans son orageuse carrière de courants mulliples el divergenls. C'est vrai, des patrioles, el nombreux, s'y égar~renl au début el, comme Rossel, crurent que par elle, avec elle, on pouvait galvaniser la France exsangue el moribonde el la jete'r sur le Prussien. Hève extravagant, imagination folle, mais qui hanta, il est cerlain, bien des cervelles. C'est vrai aussi: les républicains, tous les républicains de la capitale se rallièrent un instant expre&sémenl ou lacitement au gouvernemenl insurrectionnel, parce qu'ils discernaient en lui une garantie à l'égard des complots ourdis à l'Assemblée nationale et dans le pays par les revenants de la réaction contre le régime issu de la Révolution

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