J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 189 lion, révéler les effets de la saignée cffroyahlr par Thiers cl la bourgeoisie ordonnée, parl'arméc accomplie. Il s'agit de l'enqu!'lc ~ur la silualion industrielle el commerciale de Paris entreprise au début <le l'oulomne ISï I par des membres du nouveau Conseil municipal, en<1uNcque conduisirent surloul les chefs du jeune radicalisme bourgeois: Hanc, Lockroy, Allain-Targé. Déjà, le général Appert avait, dans son rapport à la Commission d'enquNc sur le 18 mars, fourni quelques données slalisliques lrès suggestives en rele- ~ant les condamnations par profession : 2.901 journaliers, 2.G6I scrruricrsmécaniciens, 2.293 maçons, 1.659 menuisiers, 1.598 employés de commerce, 1.491 cordonniers, 1.065 commis, 863 peintres en bâtiment, 819 lJpographcs, 766 lailleurs de pierres, 681 tailleurs, 6,!Gébénistes, 52 bijoutiers, 382 charpentiers, 347 tanneurs, 283 sculpteurs, 227fe1·blanliers,'221 fondeurs, 210 chapeliers, 206 couturières, 193 passementiers, 179 horlogers, lï2 doreurs, 159 imprimeurs en papier peint, 157 mouleurs, 121 cartonniers, 106 relieurs, 106 instituteurs, 98 facteurs d'inslrumenls, etc. Mais ces chiffres, comme on le voil, ne visaient guère que les condamnés réguliers par les Conseils de guerre, soit 20.000 individus sur 100.000. L'cnqu~le municipale, aulrcmenl démonslralivc, porln sur l'ensemble des disparus, lanl morts que prisonniers ou que fugitifs, el elle sonda à fond les vides aflreux creusés par la répression dans les rangs de la classe prolétarienne. Elle sonda, disons-nous, el voici ce qu'elle trouva. L'industrie de la cordonnerie, qui occupait 24.000 ou,•riers francais avant le 18 mars, en avait perdu 12.000, tués, emprisonnés ou en fuite. Oans l'industrie des vêlements, le chiffre des ouvriers français disparus montait à plus de 5.000. Les perles de l'industrie du meuble au Faubourg Saint-Antoine s'élevaient au moins à G.000 el les patrons suppliaient qu'on leur relournâl leurs ouvriers, ceux qui n'élaienl pas morts, bien entendu, voyant, disaient-ils, arriver avec terreur le mois <l'octobre, mois des commandes, el ne sachant pas comment autrement ils s'en pourraient tirer. Dans l'industrie du bâtiment, les perles n'avaient pu être encore fixées, mais l'enquête élablissail que tous les ouvriers peintres avaient dol èlre rem• placés par des apprentis el que 3.000 ouvriers couvreurs, plombiers el tingucurs avaient disparu. L'industrie du bronze accusait un déchet de 1.500 de ses plus habiles ouvriers. Mêmes vides chez les ouvriers mécaniciens et les ouvriers en métaux. Les peintres d'enseignes, abondant ordinairement sur la place, continuait le rapport, se sont évanouis. Conslalalions idenliq ues pour Ioules les industries ressortissant à la production de l'article de Paris et qui occupaient les précédentes années plus de 20.000 salariés. Enfin les iabricanls de machines à coudre déclaraient que leur industrie élail menacée de ruine complète, les ouvri~rcs qui les leur achetaient ayant disparu. L'un d'eux affirmait qu'il avait en sa possession pour 400.000 francs de billets souscrits par ces ouvrières, en paiement de leurs machines, dont le quart seulement lui serait

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