J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

364 HISTOIRE SOCIALISTE de bâtons, au milieu des huées el des vocirérations, on nous fil raire deux fois le tour de la ville, en ralculanl les halles à dessein pour nous exposer d'aulant mieux aux alrocilés d'une poptllalion de mouch;,rds et de policiers qui bor- -daienl des deux côtés les rues que nous traversions ... On nous mena d'abord devant le dépcll de cavalerie, 0,1 nous t'tmes une halle d'au moins vingt minutes. La foule nous arrachai! nos couvertures, nos képis, nos bidons: enfin, rien n'échappail à la rage de ces énergumènes ivres de haine el de ven- .geancc. On nous lrailait de voleurs, de brigands, d'assassins, de canailles, elc ... Oc là, nous allàmes à la caserne des gardes de Paris. On nous lit entrer dans la cour oü nous trouvâmes ces Messieurs qui nous re~urent par une bordée d'injures infrlmes el qui, sui· l'ordre de leurs chers, armèrent bruyamment leurs chassepots. nous disant avec force rires, qu'ils allaient nous fusiller lous comme des chiens. C'est au milieu de l'escorte de celle vile soldatesque que nous primes le chemin de Satory où on nous en forma au nombre de 1.685dans un magasin à fourrages. Epuisés de fatigue cl de besoin, dans l'impossibilité -de nous coucher, lellemenl nous étions serrés les uns conlre les autres, nous passàmes là deux nuils el deux jours, debout, nous relevant à lourde rôle pour nous coucher un peu chacun sur un brin de paille humide, n'ayant d'autre nourriture qu'une croûte de pain el de l'eau infocle à boire, que Messieurs nos gardiens allaient puiser à une mare dans laquelle ils ne se gênaient pas pour raire leurs ordures. C'est épouvantable, mais c'élail ainsi ... » La réaction ressaisissanl l'avantage, ramenait la France aux temps ancestraux où le vaincu élail piéliné, torturé dans son esprit el dans sa chair par un vainqueur bestial. Soumellre l'adversaire, le désarmer ne lui surfisnil pas: '1 lui fallait le souflleler, lui cracher au visage, le souiller de boue el d'immondices afin qu'il apparut méprisable, abject, indigne de compassion. Picard, ministre de l'lnlérieur, appliquait jusqu'au bout celle lactique abominable, <1uandannonçant la Yicloire versaillaise à la France, il di~ail des 1.600 infortunés prisonniers dont nous venons de rapporter le supplice: • Jamais la basse démagogie n'avait olîerl aux regards arnigés des honn<lles gens des visages plus ignobles » Parmi ces « visages ignobles •· se renconlrail celui d'Elisée Heclus, le grand géographe. Sans doute, on ne peut descendre plus bas dans la scélératesse el l'ignominie que Picard el son malire Thiers ne le firent en ces jours. Dans Paris, la conslernalion régnait. La Commune avait essayé de masquer la défaite, ce qui était un jeu bien vain. Toul le Paris qui n'avait pas comballu, fommes, enfants, vieillards, penché aux fortifications, dressé sur les crèles de Montmartre, de Belleville, avait suivi les péripéties du drame. Puis la presse hoslil~ était là, redevenue loquace el lrop heureuse de ne rien laisser dans l'ombre des tristes événements. La Commune s'était retournée aussi vers les -chers incapables qui avaient engagé la partie, sans en avoir reçu l'autorisation formelle de la Commission exécutive. Mais do ces chefs, deux étaient morts

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