35G HISTOIRE SOCIALISTE La sortie : le mol avait été instantanément dans Ioules les bouches, le désir dans tous les cœurs. Ceux même qui, le malin encore, croyaient à l'enlcnte et à la paix participaient maintenant à l'ivresse et à la rureur communes. Versailles provoquait, Versailles menaçait; il fallait que Versailles rùt chntié sur l'heure, la réaction terrorisée el Paris victorieux. Ue ln victoire, on ne doutait pas; il n'y avait qu'à marcher. La sortie, chacun la voulait, l'appelait, s'y préparait : les ouvriers des faubourgs, impatients de venger leurs compagnons hlchement assassinés à Puteaux el à Courbevoie, comme ils venaient de l'apprendre, cl de donner en m~me temps la chasse aux royalistes de l'Assemblée; les boutiquiers, les commerçants qui avaient besoin d'air pour les affaires, et se sentaient irrémédiablement ruinés par ce second investissement qui, brutalement, s'annonçait; les chefs militaires, braves mais inexpérimentés, qui ne se pardonnaient pas d'avoir, au 19 mars, marqué le pas. el estimaient possible encore cette ollcnsive qui alors probablement eut été de lactique utile. La sortie torrentielle, dont il avait élé tant parlé quelques mois auparavant contre le Prussien, apparaissait à nouveau comme le devoir et comme le salut i. tout ce peuple qui ne voyait pas les obstacles, qui n'y croyait pas. C'est da,,s cette atmosphère de fièvre et d'enthousiasme guerrier que la Commission exécutive s'assemblait vers 3 heures. Elle était composée, comme nous l'avons indiqué, de sept délégués, dont quatre purement civils: Lefran- ~ais, Félix PyaL, Tridon et Vaillant, cl trois pourvus en même temps de commandements militaires: Bergeret, Duval el Eudes. Ces trois derniers insistèrent véhémentement pour l'immédiate sortie, représentant que Paris tout enlier aspirait a\'eC eux, comme eux, à se ruer sur les provocateurs. Les membres civils de la Commission le savaient bien, puisqu'ils avaient reçu, quelques instants auparavant, jusqu'à une délégation du commerce en appelant aussi aux armes pour le débloquement de la capitale. L'intérêt primordial qu'il y a,·ail à profiter de celle elTervesccncP,universelle, de celle humeur bellic1ucuse, gagnant jusqu'aux plus timorés, ne leur échappait pas; mais aussi, ils distinguaient très nettement que la partie qui allait s'engager serait décisive et sans appel. Par conséquent, ils, voulaient savoir-les chances que Paris avait de gagner celle partie el meltro dans son jeu le plus d'atouts possible. C'est pourquoi, aux généraux qui ne parlaient que do marcher, Il Duval qui s'exclamait: • Bah! qu'importe? On y laissera sa peau, voilà tout! » ils répondaient, en demandant : « f:tes-vous prêts? Les canons sont-ils en étal'? Et les forts el le mont Valérien tireront-ils, el contre qui? Avez-vous fait éclairer les roules, reconnu les positions de l'ennemi? Savez-vous à quelle résist•nce ,•ous allez vous heurter? • Sur tous ces points, la Commission réclamait des précisions, des a•suranccs, des certitudes. Ecraser, disperser, avant qu'elle ne se rut solidement reconstituée, la force de réaction qui s'organisait à Versailles, lui paraissait certes plus nécessaire qu'à personne; mais encore voulait-elle savoir si la chose était faisable, ne tournerait pas i la défaite irréparable. De là les
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