J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

221 HISTOIRE SOCIALISTE <le l'esprit français, di'jà surexcité, une telle atmosphère <leguerre cl de fih•re, que la France pril l'initiative de déclarer la guerre. Lourdement, l'Empire et la France vonl tomber dans le piège. Quand le J,I au matin, les ministres se réunirent en Conseil, ils ignoraient la manœuvre de la dépêche, mais ils sarnienl par les télégrammes de Benedetti que le Roi rcfu~ait catégoriquement les garanties demandées: que faire? Ces tristes fanlômcs délibérèrent encore. Ils avaient fait la guerre ou ils l'avaient lai~sé faire. Maintenant qu'elle se dressait devant eux, ils s'effaraient. Toul un jour ils chcrchèrenl une issue. Les plus sensés disaient à !'Empereur, silencieux, accablé, qu'il fallail à tout prix éviter la ·guerre. • Entre le roi de Prusse cl vous, lui disait ~I. Pli<"hon, la parlie n·esl pas égale, il peul perdre plusieurs batailles; la défaite, pour vous, c'est la ,·évolution.» Dirai-je qu'il étail trop tard? Non: dans l'inlinie complication des choses humaines des revirements sont toujours possibles, comme il y a parfois dans les organismes r1ui semblent toucher :\ la morl des réveils su rprenanls de la vie. l'ne combinaison fui préparée qui peut-être sauverait tout, et c·esl, ô prodige, M. de Gramont qui semble l'avoir suggérée: l'appel à un Congrès européen, qui interviendrait comme un Cong,·ès arbitral. li pourrait prendre acte de la renonciation du prince Léopold, s'en féliciter pour le maintien de la paix générale, cl en même temps formuler le vœu que loul malentendu disparût entre la France el la Prusse. Qui sail si la Prusse n'eût pas été crnellemenl embarrassée·? Hefuser c'élail prendre ouvertement la responsabilité du conflit. ~lais si les ministres français entraient dans celte voie, il fallait qu'ils e0ssenl la force d'âme d'aller jusqu'au boulet de dédaigner loules les lentalives de provocation en disant: C'est désormais une question européenne, el de "aines susceptibilités ne doivent pas rendre impossible le noble arbitrage do l'Europe. ~I. de Gramont n'était pas capable de colle hauteur el M. Emile Ollivier n'avail aucune consistance. Quand de Berlin, de Munich, les représenlanls de la France firenl savoir au ministère des AITaires étrangi'rcs cc qu'ils avaient appris de la dépêche de M. de Bismarck, ~I. de Gramont, s'écria: ,:C'est un soufflet sur la joue de là France, je ne le tolérerai pas un instant. "~I. Emile Ollivier no songea m,'mo pas qu'il y av,iil lieu d'attendre, de s'informer, de voir le sens de la manœuvrc. Les ministres décidèrent que la guerre était inévitable; un frisson d'orage courut sur Paris; les cris à Bcl'lin ! à Berlin! se déchainèrent plus furieux encore, cl le 15 les ministres soumirent au Corps législatif, en demandanl l'urgence, des projets mobilisant l'armée. C'élail la guerre. Je n'entrerai pas dans le délai! des péripéties de celle séance; car, à dire vrai, il n'y eut pas de péripéties, rien d'imprévu; pas un instant ceux qui avaient gardé un peu de clairvoyance ne purent former l'espoir de ramener à la raison la masse surexcitée el violente. Les passions chauvines, sincères ou factices, furent si tumultueuses, qu'il fut très difficile à l'opposition de se faire

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