Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

HISTOIRE SOCIALISTE les candidats de l'opposition. Les réunio11s électorales étaient interdites, comme portant atteinte à la liberté des électeurs. L'affichage était soumis à l'autorisation du p1·éfet, qui pouYait naturellement la refuser. Enfin il n'était même pas permis de distl'ibuer librement des bulletins, la Cour de Cassation ayanl décidé qu'un bulletin devait t~lrc, comme un lin·c, soumis ü la loi st1r le colportage et ast1·cinl il l"obligation du dépôt. Les militants, qui osaient encore faire celle distribution, risquaient d'ètrc poursuivis comme conscr- ,·anl" leurs anciennes manies rén)lutionnaircs sous prétexte de colportage de bulletins ,,, L'élection était di1·igéc par les maires. Or, .depuis J8j2, nous l';Yons Yu, c'était. le go11,·e1·ncmcntqui nommait tous les mairc-s. Le scrutin durait deux jours; dans les campagnes. le soi,· du premier jour, le maire cm1,ortail l'urne chez lui. Dans les ,·illcs. lC's oun'iers. connaissant les procédés administratifs, ne ,·otaicnt que le secontl jour. Dans les Yiliages où les paysans n'aYaient point pris l'habitude ,raller ,·oter, c'était le maire qui improvisait les résnltHs de l'élection. Cc ne pOtl\·ait <'Ire dans un sens défa\'Orablc an gotl'\'ernemcnt qui Ll,·nil nommé. L'échec de :\1. :\ligcon, ancien randidal officiel, abandonné par Ir g<rn,·crnemcnt en J85ï. amena un procès qui projcla quclqu<· lt1mil·1·r sur les 111n•urs t~lcctol'alcs dP cc Lrmps-là. Un maire faisant ,·oLer les élrcteu1·s dans la salle de cal,arcl ol1 il vend des iiquidcs, un zo11an:• qui s'emp:ue de l'urne. des enfanls ,·o~ant pou1· leurs pères cl réeiproquemcnt. un s011s-prëfcl dénon\·anl l'ancien candidat officiel comme"< un mau- \'ais domestique. qu1 on chasse. sans avoir i1 lui donner de raisons ,.,., cc. furent-lil des traits suggestifs. La gt'ographie électorale complète le tableau.Les cirronscripLions étaient définirs 11011 par une loi, mais par un simple règlement, fail .tous l~s cinq ans. sans autre méthode que lïnlérèt du go11vcrnc111enl. On assembla il les cantons ou les al'rondisserncnts de la manière la plus ra,·orablc au candidat officiel. On coupait les \'Îlles en morceaux. cl la l'éunion de ces divers morceaux à des cantons ru1·a11x permellait de noyer les ouvriers républicains parmi les campagnards loyalistes. On le ,·oil, non.seulement les opposants, au ·corps législatif, se trouvairnl fa.cilcmcnl réduits il l'impuissa11cc; mais il élait douteux, avec les procédés électoraux en ,·igueur, qu'un opposanl pùljamais arriver au Cor13s législatif. Il y ayait encore en France une apparence de parlement, un parloir de gens"< comme il faut,.,; il n'y avait plus de vie parlementaire. Com111e il l'a\'ait dit, au lendemain du Coup d'lhat à l'ambassadeur autrichien, ~!. de llübner, Napoléon Ill Youlait bien ètre baptisé aYec l'eau ,du suffrage universel, mais il ne voulait point vivre les « pieds dans l'eau ~- / De 1/iibn,,r, Neuf' ans de souven,rs, !, 53). Et le fin 1·ep1ésentant du vieil J~tat réactionnaire pouvait noter aYec satisfaction« la ruine du parlementarisme,, (p. 1 ,9). Avec la liberté parlementaire, la liberté de la presse avait été elle aussi.

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