Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

38 IIISTOIRE SOCIALISTF: incapable d'être· l'homme de la Hé,·olution sociale. Il ne fnll11tpaslo11gtcmps au grand socialiste pour le reconnaître. Comment d'ailleurs Louis-.\'apolèon aurait-il pu ètre cet homme:' Comment <·elui qui essayait de tromper et de duper toutes les classes aurait-il pu inaugurer une œun-e qui aurait blesse autant d'intérêts? Le dur réaliste qu'était Marx le notait hicn, de son cùtô, en cette période mème de la dictature, oi, s'essayait le nouveau régime. Il nous le montre en effet, dans les pages admirables qui terminent son Dix-huit brumaire de Louis IJ011apartc, représentant ,.é,·itnble des petits paysans parcellaires, rcpr(·sentant pr<'t~ndu de la classe oun-ière qu'il cherche i, gagner, d(·sircux d'améliorer dans l'ordre Lourgeois la siluation des t.--lnsscs infc~ricurcs, mais en même temps incapable de s'appuyer uniquement sur ces classes, nH'nageant encore celte classe mo~ennc dont il a ruiné la puissance politique, et li\'ranl J'Étal, livrant les ressources de la nation à toute une féodalité financière, dont les intén'ts s'opposent à ,·eux des classes exploitées. 1.oin de comprendre l'i\'Olution historique, que Proudhon discerne, le chef de la société de soutcneui·s, qu'est la Société du 10 décembre, ne songe, lui, qu'à mainte11ir son pouvoir, qu'il faire de la Franrc une immense clienû..·le napoléonienne. n Donapartc. dit :\larx, aurait voulu se poser comme le bienfaiteur patriarcal de toutes les cla~scs; mais il ne peut rien donner à l'une sans mt.•<.'ontenler l'a11tre. De mèmc ;,u'i, l'<'·poque de la Fronde, on disait du duc :le Guise qu'il ,·tait l'homme le plus obligeant de France, parce qu'il avait transformé tous ses biens en obligations que ses partisans avaient envers lui; de mt'•meIlona .. parte aurait ,·oulu ètrc l'homme le plus obligeaut de France et com·erti1· toute la pro1lri(·té, tout le travail de la France en une obligation porsonnello em·c,·s lui. Il aurait ,·oulu voler toute la France pour pouvoir lui en faire cadeau après *· C'est là, exprimée sous celle forme outrancière de polémique qui plaisait à :\larx, la naic caractéristiq11e de toute la politique sociale du Second Empire .. \u fond de tout, la prfoccupation constante reparait: le dësir do gou,erner absolument et du consentement de tous, la volonté de gagner une ,, une toutes les classes, de les acheter toutes par des avantages matériels. Dans la politique incertaine, tâtonnante de fa première pfriode, ce sont d{-jà tous ces t,·aits qui se dessinent. Le 28 ;\lars 1852, la dictature tc-rmi~f ..,a tùche: l'état de siège fut partout lev{-. Le lendemain, les corps constitués se réunissaient. Théoriquement, r.1étail l'ère du nouveau r(·gime. S,'nat, Conseil d'l~tat, Corps législatif, nous avons dit les attributions de ces dh·erses assembl.:-0s. C',0tait le vieux Jérôme Bonaparte, l'ex-roi de \\'~stphalic, qui présidait l'assemblée de princes, de cardinaux, de généraux, d'amiraux et de maréchaux appelée S,'nat. L'ancien [ministre du [président de Hl,;o, Baroche, l'accusateur des iosurg,'s du l::i)lai de,·ant la llaute-Cour de Ilourges, l'aoc11sotcur des inourgés du 13 Juin de,·ant la llaut~•Cour de

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