Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

1d2 IIISTOIRE SOCIALISTE Le 3 Fé\'l'iel', une cil'culail'e établit los commissions mixtes. Elles allaient nrhcvcr de tcrro1·iscr le pays. l.a ('Ïrculai1·c ùu 3 Févrie1· ne faisait que régulariser, pour 1;roduirc plus ,·apidemcnt la ruine républicaine, l'activité administrative des derniers mois. Depuis des mois, dans chaque grand centre, procureur, préfet el géné1·al collaboraic11t à ranéanlissemcnt des rouges : la commission mixte les réunit offkicllemenl. Ce tl'ibunal de fouctionnail'cs jugea à huis clos, sans témoins ni défenseurs, sur de simples dénonciations cl informations d'ordre administratif. fnsurgés, affiliés, suspects, ou même ceux qui, simplement, avaient jeté un bulletin uégatif au plébiscite ful'ent frappés de tran~pol'lalion, d'expulsion, d'internement, d'OJoigncmcnt, de mise en surveillance. Les documents officiels ont arnué 2.804 internés, i.545 éloignés ou expulsés, 9..)30 transportés en Algérie, 230 à Cayenne, et :;.11;;0 soumis à la surveillance. ~lais combien de malheureux ont été frappés pal' les conseils de guel'l'C ou pal' les aull'es Ll'ihunaux? Et de quelles peines ont été frappCs tous ceux qui, au houl d'un mois, délai de fonclionncmenl des <·ommissions mixtes, n'avaient pu encore être jugés? l.es décisions des commissions mixtes se lrou,·ent aux .\rchi,cs. Co sont des pages sinist,.es. Georges Henal'd a déjà cité plus haut lp. 221, de son volumCJ les documents publiés pal' 11. Léon Guyon. Dans son livl'e SUI' le Parti républicain pendant le second Empire, ~I. Tchernoff en a publié d'autres, en parliculicr quelques décisions de la. commission mixte du Cher. Il faut en rcpl'Odui,·c ici, afin que le pl'olétariat se sou\"Îcn11c, afin qu'il sache comm<'nl les républicains, comment les socialistes furcnl alors frappés, et sous quels prétextes. Cinquante-cinq artisans ou paysans du bourg de ~lei liant al'rondissemcnt de Saint-Amand) avaient été dësignés « comme hommes dangereux et très compl'ornis pal' lcul'S menées et leul' zèle poul' la propagande ». Quelques aveux .a,·rachés à des paysans intimidés suffirent i1 les faire poul'suivrc comme fauteurs de socil·tés secrètes. Voici quelques-unes des décisions prises: Piat, Jacques, porcelainier à .\"oirlac, 33 ans, marié, quatre enfants, ne sait ni lire ni éc1·i1·e.Interrogé comme inculpé non al'l'èté. Affilié, décul'ie de Latte. Aveu. Très pauvre. Jlonnète jusque-là. Conduite pl'ivée ir·répl'ochable. A commencé cependant pal' menti,. impudemment devant les magistl'ats : 5 ans, L~mbessa. Antoine Petit, dit Jlfajot, journalicl' à ~leillant, célibataire, ne sait ni lire ni écril'e. Entendu comme témoin. Affilié décul'ie de Latlc. Aveu. Sans volonté, presque idiot. Méchant néanmoins : 5 ans, Lambessa. Vela11, Jean-F ..ançois, carrier i, )leillant, 40 ans, marié, cinq enfants. ~e sait ni lire ni écril'e. Entendu comnfe témoin. Affilié décurie de J ... Aveu. Très malheureux, ivrogne, bavard, ~ans méc!tanceté: 5 ans, L_ambessa. Deboisse, Roge,., carrier à ~!cillant, 35 ans, marié, u·n enfant, ne sait ni

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