Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

18/l HISTOIRE SOCIALISTE encore peul-èlrc que par des scnlimcnls d'opposition cl de lutte que s·exprime alors la conscience de classe du prolétaire parisien. i',galilé devanl la loi, égalité dans les rnœurs, lelles sont, nous le verrons, ses formules favorites·. La yjc quotidienne des années JO manifeste cOnslammcnl cet étal d·cspril. l...01·squc par exemple. les ouvriers parisiens se sentirent relégués dans les quartiers extérieurs par les transformations de Paris, ils ûrcnl entendre d'amères plaintes, ils refusèrent d\~trc parqués dans dcslcités ouvrières, dans des logements om,riers, estimant le régi1nc de ces c< casernes» contraire ü leur dignité. Et c'est pa1· dignité encore, pour le 1)1'ogrès de leur classe, pour son rcll•vemcnl moral, que beaucoup se préoccupaient de lïnstruction, fondaient ou demandaient des bibliothèques municipales, lisaient le J>anthéon des Ouvrier,,:; ou la J.Yation, qu'un éditeur leur offrail en 18.JS. Ceux qui connaissenl Jcs ou,Ticrs parisiens, savent que, dans CCl'la1ns mélicl's, tous ces sentiments, toutes ces idées subsistent cnco1·e. Elles sont l'cxaclc expression de l'étal indusll·icl de la capitale; cl elles ont de tous temps constitué le bagage dïdées sociales de très nombreux. camarades. Il , a là Loule une tradition que l'on peut suiHe facilcmenl, depuis le règne de l.ouis-Philippejusqu'i, nos jours, cl que tanlùl seule, tantùt opposée aux éco)es ou aux partis socialistes, on rctrou,,c à toutes les époques. En 181,0, c'était de cel cspril bien parisien qu'étaient animés les rédacleu,·s des petits journaux ouvriers, de l'Atelier, de la Fratemiti', de l'C11;on, de la Rudw populaire, tous ces prolétaires, modérés cl rc,·mcs, « qui avaient pris la résolution de plai~er di,·cclemcnt leur cause devanl l'opinion publique ». Et cc n'est pas tout à fait un hasard, si c'esl un des rédacteurs de !'Atelier, si c'csl précisément Corbon qui, en 1863, expose les sentiments cl les rc,·cndicalions des travailleurs parisiens. A l'heure où les longs espoir~ ni les vastes pensées d'érnancipation ne leur étaient plus permis, à l'heure oi,, la prnpaganclc socialiste chômant par force, ils ne pou raient plus se préoccuper« du côté le plus général des qucslions », ni 11 en saisir les aspects grandioses )>, ni « en élargir les perspecli\'cs )), selon les définitions de leur go1H que clonnail Aucliganne, ils repensaient plus souvent à Jcur condition propre, à la figure qu1ils faisaient dans la sociélé, ils prenaient conscience <le leur rôle et c'est de celle conscience, récemment prise par beaucoup, <1u'ils ont tiré en ces années-là un nouveau principe d'action. Ainsi, sous une forme ou sous une autre, qu'il se manifest,H par une âpre hostilité quotidienne comme clans la fabrique lyonnaise, ou par une fierlé corporative traditionnelle, com,ne chez les ou\'ricrs parisiens, c'était toujours, par un sentiment nouveau de solidarité de classe que se traùuisait dans le prolélarial d'alors le dé\'eloppemenl du capitalisme. Comment ces sentiments allaient-ils se prnduirc, se manifester~ A quelles formes d'action allaienl-ils pousser de préférence la classe ouvrière? Et dans quelle mesure le régime impérial pou\'ait-il tolérer ces initiati,·es? Ici commen('C le drame.

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