Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

I 126 HISTOIHE SOCIALISTE. et oü les perfectionnements de l'outillage mécanique pouvaient permettre de défier les concurrences étrangères . .\lais l'homme de décembre ne perdait jamais de vue l'affermissement de son pouvoir. A l'heure mème oll il comprenait si nettement les a"antages de la politique libre-échangiste, il escomptait déji.l la popularité qu'il en pouvait retirer, la reconnaissance d'une classe industrielle enrichie, la reconnaissance des masses populaires, pour le bon marché de la \'ie. La déception immédiate devait lui être assez cruelle. On aurait cru qu'il la pressentait. JI n'était allé que prudemment d'abord, dans la voie libre-échangiste, malgré l'ardent désir de réaliser ses grandes idées, malgré le pouvoir dictatol'ial que lui avait donné, en matière de traités de commerce, le sénatus-consulte de 1852. En 1853, année de disette, il avait suspendu quelque temps l'échelle mobile, permis la lihrc-cn1,·ée des grains; et à la fin de la même année, il a,·ait aussi abaissé les droits d'importation sur les bestiaux. De 1853 à 185G, une série de décrets abaissaient successivement les droits d'entrée sur un grand nombre de matières pr·cniières : houille, fer, fonte, acier, laine. En 1836, il demandait au Corps légi~latif la sa,\ction de ces mesu,·es; et si le Corps législatif nommait le protectionniste déclaré Randoing comme rappor• leur, il sarictionnail cependant :i l'uoanirnité les mesures prises. L1 E,mpercur pou\'ait se flatter de \'aincre facilement les dernières ,·ésistances. Aussi, lorsqu'au mois de juin de la mè'!1e année, fort de ses triomphes militaires et diplomatiques, et s'autorisant de la prospérité industrielle nou,·elle, il crut pouvoir proposer au Corps législatif le retrait de toutes les prohibitions, fut-il désagréablement surpris de l'opposition Yigoureuse qui se manifesta. llo,·s du Corps législatif même, une résistance se dessioa. Les procureurs généraux signalaient de l'inquiétude et mèrne de l'agilation dans les villes manufacturières; et celui de Douai (terreur suprême) notait que dans celte opposition, patrons et ou,·ricrs marchaient d'accord. C'était la ruine de la politique impériale, qui te'ndait ,, isoler et même à opposer les classes comme les partis, afin qu'elles n'eussent de recours qu'auprès du pou,-oir central el de confiance qu'en son interrnntion ! Le :Xord, la l'iormanclic lancèrent protestations sur p1·otestations, pétition$ sur pétitions. Cette fois, le gouvernement n'osa pas braver la résistance. Il relira son projet, mais en annonçant qu'une nouvelle loi était à l'étude. Le .llo11ite11r annonça que la levée des prohibitions ne commencerait qu'i, partir de juillet 1861; mais il fit entendre qu'elle aurait lieu : « L'industrie française, d(~c-larait•il, prévenue des intentions bic11 at'rètécs du gouYernemcnt, aul'a tout le temps de se préparer à un nouveau régime coinrnet'cial )>. Silence de trois années : les affaires subissent une crise en 1837, et un ralentissement encore en 1839. L'effort du gouvernement se porte eu 1859 sur Ï'agri<"ullure seulcme.nt; mais là, encore, il rc<·ule devant la résistance que soulève son projQJ. de supprimer l'échelle mobile.

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