Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

n8 lllSTOlHE SOCL\I.ISTE l'Empire comme le co1nrncncemcnt de son t.'mancipation. Qu\1nc crise commerciale et industrielle se pl'oduise dans une ville, qu'une grève éclate, c'esl l"Empirc d"abord que la classe 011,Tiè1·c rcn<lra responsable de sa misère: cl la propagande républicaine se répandra. Les procureurs le savent bien, cl c·esl de cela surtout qu'ils se méfienl. Le moins <lemisère, le moins de gêne possible pour assurer le calme politique. Cest la misère qui pousst les tisseurs el fileurs de laine, à Hcims, en 18;;:J, à écouter ~larchand el ses amis, qni leu!' apprennent ce qu'est BadingucL Et il est certain, d'autre part, que le malaise industriel de 18:;ï a thi t'tre une des causes du vole républicain des ouniers des ,·il les, en celle année-lit. D'ailleurs, les républicains bourgeois, qui se rencontraient alol'S clans des l'éunions clandeslincs avec 1es ou,TÏCl'S, n"étai('nt pas de ceux qui 11·~,·aienl vu dans ]a République qu'une forme gou,·erncrncntalc. Certains d'entre eux comprenaient bien qoe si la Deuxième llépubliquc arnit pu ètre étranglée en décembre, c'était qu'elle n'avait pas su garder la confiance de la classe ouvrière. Et tous, plus ou moins, ils mêlairnt ,i leur conception républicaine quelques réformes sociales. Entre eux et la classe J)U\'rièrc, pro,·isoiremcnt du moins, l'entente était possible; clic était d"ailkurs nécessaire, urgente. Nous tenterons de dire plus loin quelles rspéi'anccs particulières de réforme sociale continuaient d'animer mèmc en ces années-là de nombreux ouvriers républicains. Il nous suffit d'avoir marqué ici que momentanément, dans leurs préoccupations, le rcrwcrscmrnt de l'Empire a,·ait pris la première place. • ~lais, comment le renverser, cet Empire? La propagande clandestine pouvait conserver au parti ses militants, ses fidèles. ;\lais pou,·ait-on espérer d'entrainer jamais les timides? Comment, sous la sul'\·eillance de la police, 6l dans Je silence de la presse, composer une majorité? Tout naturellement, les républicains re,·cnaient à leurs anciennes mé• Ûl.odcs. li fallait tenter un coup de main, comme autrefois Blanqui, comme naguère l"Jiommc de décembre lui-même: un attentat, l'insurreclion heureuse d'une minorité s'emparant du gouvernement. Les étudiants qui connaissaicnl le passé de leur parti, les ouYl'icrs qui, avant 48, avaient appartenu aux ·sociétés sccrèlrs, aux Famtlles, au~ Saisons, pouvaient indiquer la méthodP. De 1852 it 18~8, pendant toutes ces années de gloire pour le nouvel Empire, de nombr·euses conspirations furent formées. La police, uns doute, en exagéra le ,;ombre; il lui fallait bien des prétextes pour achever d'extirper de France le mal républicain. )lais il y en cul de réelles; l'idée du régicide ne cessa d'être prêchée par les proscrits; et les petits groupes républicains ne cessèrent point de songer à l'émeute, à l'insurrection populaire. Dès septembre 1852, on arrêta dans la rue de la Reine-Blanche un groupe de conspirateurs : un médecin, un officier de marine, mais avec eux une

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