Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

9(; IIISTOIRE SOCIALISTE ncsse intclleclucllc qui écoule leurs le\·ons; il y a une classe ouvrière qui rève encore de son émancipation politique et sociale. Un parti républicain subsiste : entre les transportés, les détenus, les exilés et ceux qui luttent en France, ceux 9ui souffrent de l'odieux système policier •1ui a succédé il la proscription, les relations sont fréquentes, et les haines (sinon toujours tous les désirs et toutes les conceptions, sont communes. Il serait intéressant de décrire, mais précisément, finement, les idées dominantes clc ce ·parti républicain, ou plutùl clc ces g1·oupcs républicains, épars dans toute la France. Il serait intéressant aussi dn marquer les influences qui ont le plus fortement agi sur lïntelligcnce <le toute la jeunesse républicaine qui étudiait, les influc11<·cs clc Proudhon, clc ;\lichclel, clu positivisme. Nous dil'ons. plus loin, 1·assemhlantquclques traits épa1·s, ce qui pe1·- sista des idées socialistes. ~lais il nous faut di1·ciei au moins d'une manière générale, l'état d'esprit clc ces républicains, lE-urs sentiments. Quelle action 'jugeaint-ils possible> Quel clé\'cloppcmcnl entrevoyaient-ils pou,· leur parti? Une distinction est nécessaire entre les exilés cl ceux qui luttent en France. Dans leu1·s solitudes des villes Ctrangèrcs, les proscrits continuent cle vivre clans l'étal d'esprit oi, les a trouvés le Coup d'État; leurs allitucles ont été comme figées soudain; les circonstances nouvelles de la vie politique en France ne peuvent les modifier. Ils garden\ leu,· idéal, ils gardent leurs passions, leurs rancunes de 1848, d'un temps cle lib,·c discussion, où les systèmes particuliers pouvaient s'épanoui1· cl se heurter. A Londres, il y a des dh·isions, des con Oils entre écoles rivales; Louis 13lanc a son groupe, et Ledru-Rollin a le sien. Les partisans clc Félix Pyat s'opposent aux uns et aux autres. La Commune riJvolutt'onnaire cl la Révolution, les deux sociétés rivales, s'accusent mutuellement de trahir la démocratie, Telles· sont parfois les haines engendrées pa1· ces divisions qu'il arrive que le sang coule. Un jour, à Londres, clans un duel terrible, Barthélemy, partisan fanatique clc Louis Blanc, lue Cournel, ancien lieutenant de vaisseau, ami de Ledru-Rollin. Impossible même d'étudier en commun les causes de la défaite républicaine. Les quelques réunions, tentées dans ce but, n'aboutissent qu'à une recrudescence cle querelles. Les socialistes, les amis cle Louis 13lanc et cle Leroux reprochent à Ledru-Rollin ses trahisons, sa haine constante du socialisme. Depuis 1850, le Comité central démocratique européen, sorte cl'lntcrnationalc républicaine el bourgeoise, a réuni Led1·u-Rollin, :\lazzi ni, Arnold Rugc, le député allemand, Darasz, le réfugié polonais; tous ensemble, ils proclament quïls faut écarter provisoirement les systèmes socialistçs, lutter seulement pour la liberté politique, pour l'inclèpendance nationale. l'iaï"cment, ils attribuent aux discordes des chefs l'échec de la Révolution, sans voir, comme le leur rappelle ~Iarx, les lulles clc classes ou de fractions de classes qu'elles n'ont fait que révéler ou exprimer. Mais ce sont ces cliscorcles seules qui désormais se perpétuent, maintenant que les réalités économiques et sociales ne viennent plus l~s ranimer, ni les

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