Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

92 IIISTOIRE SOCIALISTE Jls avaient p·J s'apcrCC\'OÎl' bientôt que leur tf'U\TC ne serait pas facilement co111·onnéc de succès. Deux mois après le Coup cl'l~tal. le procureur de la Cour d'appel du \?ar écri\'ait: << Certains Otl\'rÎcrs scm• blcnt inacccssihlcs au repenti1·; il suffit sOit d'un 1nol, soit d'un coup d'œil. pour en dcmcurc1· rorw.iiiu·u. C'étaient les sous-officiers habituels de 1"érne11tc. La gnlCc ne pou,·ait sans danger s"étcnd,·cjusqu'ü eux. Les paysans, au contraire. quoique depuis longtemps tra,·aillés, pcr\'Crtis par les prédications et la ,·ic funeste des chambrées, conscn·cnt encore quelques-uns des bons sentiments de leur nature. C'était curable>). Cc procureur ne raisonnait pas mal. Les campagnes: purgées de républirains militants. se monlri·rcnt rapidement soumises à J'Ernpcreur. ~lais parmi les ouvriers, assemblés par leur tra\·ail, réunis à l'usine 011 dans les petits alclic1·s, les idées l'èpuhlicaincs et socialistes continuèrent de fail'c leur chemin, it lraw~rs les c:-.pl'ils. Sil<' g'Oll\'erne,ncnt consultait ses statistiques, il pouvait apprendre enco1·c-quc ton~ lrs hommes quïl :n·ait frap1h··s ou persécutés, n'étaie-nt pas rn ;_l~c de disparaitre, s'il nc lr-s tuait point tout de suite. Sui· ses 2G.881, Yictirnes, :1.121i srulcrncnl a"aicnl plus <le ;,o ans; 52 avaient moins de IG an5; 8.:-ttl :n·aie11t <lc:11 à 30ans; ü.G1 ,8de:H àtiO ans; ;J.3ï:\ de 1, 1. ;, 30 .lns. Les acquittés et les gr:iciés, on pouvait en '-~lre ~llr, n·ouhlieraicnt point. Et <le fait, les vieilles COl'porations ré,·olutionnail'c~, celles ol1 ron peut ton,·crscr. taudis q11C' la main agile al'eomplit sa tùchc. cc-lies qui a,·aient Clé Je plus atteintes, lPs t;iillcurs, les co1·donnicrs, redevinrent \'ile suspectes. cl justement. Les alclie,·s de fonclcl'ics de machines et des chemins de frr étaient consi<lCrés comme le qt1articr géné1'al du socialisme. <( Les sociétés secrètes, disait 1111 magi5lral, lrOU\'Pnl un cadre touL formé clans les affinités d'étal et dans les ateliers de tra\'ail ... puisque toujours elles commencent entre ouYricrs qui travaillent cùlc à côte-. » Les renseignements, que l'on a commencé de rCuni1· sur la p1•opagan<lc républicaine pendant ces années mauvaises, montrent l'importance du groupement corporatif clans cette propagande. En Alsace, les petites b1·asse1·ies de Strasbourg, tenues par des propriétaires ,, opinions radicales, et oii la police pénétrait difficilement, étaient le siège de cercles où se réunissaient par groupes des milliers d'al'tisans et d'ouvric1·s .. \ >lulhousc, des associations ou\-rièrcs avaient i:ardé leurs cadres el eonser\'é clans leurs rangs des républicains avél'és. Dans le )lidi, oit la population agl'icole se ll'OU\'Cagglomérée cl aime les longues co11\'crsations, sur les cagnards 011 cI;:ins les petits cafés, les idées démocratiques persistaient. Dans le Centre, beaucoup d'hommes étaient encore pénétl'és « du ,·ieux levain démocratique et social ». A Limoges, 0,1 les idées socialistes a,·aicnt jeté de si profondes racines, les ouvriers continuaient leurs tcntati,·cs d'associations de p_rocluction, fondant et refondant leurs sociétés, et recueillaient des sccou1·s pour les proscrits. A Lyon, à Saint-Étienne, les ouvriers gal'daicnt leurs sentiments.

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