HISTOIRE SOCIALISTE 73 on lui distillera goutte à goutte les crédits dont il a besoin. On l'accusera d'inertie en lui refusant les moyens d'agir. De plus, on fera nommer par les bureaux une Commissi.on t11éciale prise dans la Chambre cl chargée de surveiller le gouvernement en le poussant l'épée dans les reins. C'est encore Falloux qui opère ce mouvement tournant, au nom du Comité des travailleurs; mais il est obligé d'avouer que le Comité était fort peu nombreux el que son président était absent au moment où la question y a été posée el traitée. Il a décidé le ministre ù déposer une demande de crédit de trois millions pour les ateliers nationaux cl il grcfTcsur celle demande provoquée par lui un acerbe réquisitoire contre la commission exécutive cl le ministre. Rien n'a été lait. Il fallait décréter du travail comme la Convention décrétait la victoire. Au lieu de cela, on a tergiversé, musé. Veut-on faire peser la détresse des 115 ou 117.000 hommes qui remplissent les ateliers nationaux sur le vote du rachat des chemins de Ier? Trélat, pris de court, ne sait que réclamer un peu de patience el consentir au renvoi de sa demande dans les bureaux. Ainsi sans bruit, en fin de séance, par une manœuvrc audacieuse cl rapide, tous les actes du ministère concernant les ateliers nationaux sont soumis au contrôle permanent d'une commission parlementaire qui va comprendre, avec Falloux, les ennemis el futurs remplaçants de la commission exécutive : Goudchaux, Senard, etc. Le lendemain 15 juin on discute la situation de l'Algérie. Mais la préoccupation brûlante du moment lait tout à coup irruption au milieu des débats. Pierre Leroux, prenant la parole après beaucoup d'autres orateurs, indique la colonisation agricole comme un remède au paupérisme. Dans un discours où fraternisent la statistique el le mysticisme, il dénonce la vieille, fausse pl absurde économie politique comme impuissante à résoudre le problème cl il convie les représentants du peuple à étudier les projets d'association qui sont le programme tout pacifique du socialisme. 11 les adjure de ne pas s'opposer à l'éclosion d'une société nouvelle: «Comment contenir ce qui veut sortir, ce que la loi divine veut qui, orle•? Et durant celte évocation de la question sociale dans toute son ampleur, un frémissement parcourt la Chambre, )lontalembcrl el Falloux croient devoir venir serrer la main à l'orateur Goudchaux, qui lui succède à la tribune, commence, dans une harangue décousue el fougueuse, par reconnaitre que la révolution de lévrier a promis de résoudre celle question. Il faut donc organiser le travail, ce qui est une besogne /\ longue échéance. Mais il faut, en attendant, reconstituer le travail, ce qui est une besogne urgente, et pour cela il faut que les ateliers nationaux disparaissent, qu'ils disparaissent immédiatement le jour même. Point de socialisme! Car, une des causes du mal, c'est qu'on a dit aux ouvriers:• Croisezvous les bras! Les ateliers seront vides. Nous les exproprierons pour cause d'utilité publique el nous vous les donnerons. • Les ouvriers ont ainsi cessé d'être honnêtes .... El il conclut en demandant deux choses : une proclamation de la commissibn exécutive disant ce qu'on veut faire pour la classe ouvrière et la disaolution immédiate des at.eliers nationaux.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==