IIISTOIHE SOCIALISTE 59 de terrassement. Pour y entrer, !'.ouvrier sans ouvrage, sur le vu d'un CPrtificat de son logeur ou de son propriétaire, visé par le commissi.ire du quartier, obtenait à la mairie de son arrondissement, un bulletin d'admission. S'il réussissait à rencontrer quelque besogne à faire, il louchait un .alaire de 2 francs par jour; s'il revenaiL sans avoir pu être employé, il recp,·ail un secours de 1 fr. 50. Pour éviter les fraudes el les courses inutiles, on avait peu à peu centralisé les demandes en deux bureaux. Un ancien élève de l'Ecole centrale, Emile Thomas, qui avait des attaches bonapartistes et s'avouait lu,-même un républicain du lendemain, eut l'idée de compléter cette centralisation. A Marie, ministre des travaux p1•blics, à Garnier-Pagès, maire de Paris, il exposa l'idée saint-simonienne d'organiser militairement les ouvriers eL, (avec leur pleine approbation, dès le 5 mars, il obtint le titre de Commissaire de la llépublique; la direcLion d'un bureau central qui devait être un bureau de placement gratuit cl universrl eLqui fut installé dans des bâtiments vides du parc ~lonceau; puis le droit de passer des traités avec les entrepreneurs. li divisait ensuite les ouvriers par escouades, brigades, lieutenances, compagnies, services el arrondissements, et il donnait rang d'officier dans cette armée industrielle à ses jeunPs camarades de l'Ecole centrale, devenus ses auxiliaires. Dès le début, on pouvait redouter celle agglomération, sur un même point, de milliers d'hommes en chômage, celle concentration bureaucratique qui devait amener la création d'emplois superflus, l'inertie ou la mauvaise volohLé du corps officiel des ponts et chaussées où l'on regardait avec beaucoup de dédain cL ;un peu d'hostilité des ingénieurs sortant d'une Ecole qui n'élaiL poinL un établissement d'Etat. Or c'était ce cprps auquel Emile Thomas avait demandé qu'on enlevât son imonopole, qui disposait des travaux possibles el il ne parait pas avoir fait des efforts d'imagination pour occuper la foule croissante des sanstravail, évaluée déjà, le 15 mars, à 14.000 personnes; car, en fait de besogne utile à leur confier, on ne trouvait que ceci : replanter les arbres abattus pcndanL la bataille, niveler quelques rues ou places; de quoi employer 2.000 travailleurs au plus. Pour les autres, on proposait la construction d'un grand cirque pouvant contenir 20.000 spectateqrs. E. Thomas ajoutait des chemins de ronde à caillouter le long des fortifications. C'était touL et c'était peu, étant donné que les chômeurs appart.enaienL aux !professions les plus variées. Uès ce '.moment on réduisait à un franc le secours pour ceux qui no travaillaient pas eL on leur promettaiL du travail un jour sur deux, cc qui aurait pu suffire encore, si la promesse n'eûL été illusoire. A partir de ceLte date il fauL diviser l'histoire des At.eliers nationaux en deux périodes, l'une qui finit avec le Gouvernement provisoire, l'autre qui va jusqu'à leur dissolution. Dans la première, ils ont un rôlelpolilique et un rôle économique. En ma lière politique, ils sont un instrument entre les mains du parLi modéré. On faiL de leurs bataillons une force conservatrice. On se sert d'eux pour diviser le proléla-
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