Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

JJJSTOJRE SOCIALISTE ,, i Tilège de la capitale ? Mais le Suffrage universel changeait tout cela. La province, brusquement éveillée, n'entendait pas que Paris la l!L marcher, et un sentiment de révolte très légitime contre ce qui pouvait passer pour un ess:i i d'intimidation la jetait dans le sens opposé à celui où l'on voulait la pousser. Ce fut à un résultat du même genre qu'aboutirent les efforts des Commis• saires qui tâchèrent d'exercer une action sur les départements placés sous leur autorité. Quand ils étaient du pays, quand ils y avaient occupé auparavant une situation assise, ils réussirent parfois ù se fai,e écouter. Mais beaucoup tombent de Paris comme des aérolithes. Quclques•uns, qui sont des échappés de ln • Bohême; parisienne, scandalisent la bourgeoisie provinciale par le débraillé de leur costume et de leur attitude. On connait l'aventure de ce Fanjot, qui, sous le titre d'inspecteur général de la Répubiique, promène son importance dans les départements du Nord-Est, suivi par un huissier qui opère à mesure des saisies sur ses malles et sur ses appointements. D'autres, très corrects, ont une verdeur d'opinions qui dépasse par trop la moyenne de la circonscription où ils arrivent. Ledru.Rollin, dans une circulaire célèbre, avait déclaré lems pouvoirs« illimités•; il avait été forcé d'en rabattre; mais, dans un Etat centralisé où un préfet est une manière de petit roi, il leur restait assez de puissance pour en abuser. Il y eut cà et là tentative de pression officielle au profit de candidats qui étaient souvent les Commissaires mêmes du Gouvernement; distribution par milliers d'exem• plaires de la Déclaration des droits de l'homme, subvention ou création de jour• naux o!licieux; entente avec les clubs des villes, dont les membre$ firent de la propagande payée dans les villages; enfin et surtout éparpillement sur la Franc,, d'une volée d'émissaires qui, venant de Paris et délégués aux Irais du Trésor par le Club des Clubs, firent avec un zèle déplorable une besogne pernicieuse. Si le succès des canrlidaturcs radicales était ainsi compromis, que dire de~ candidatures franchements socialistes ? Il y en eut peu en province. Pourtant un bon nombre d'ouvriers briguèrent des mandats. Mais que de faux•ouvr!ers parmi eux, depuis l'ingénieur qui s'intitule scieur de long jusqu'au capitaliste qui se donne l'air d'un débardeur, parce qu'il est membre honoraire de la riche corpo• ration des porte-raix de Marseille! A Paris il fallut casser une élection pour usur• pation du titre à la mode (1). Faute de mieux, des candidats bourgeois se piquent d'établir leur généalogie plébéienne, de prouver leurs quartiers de noblesse ouvrière. Mais les vrais ouvriers se sentent vaincus d'avance. En plus d'un endroit, soit apathie, soit certitude de leur impuissance, ils négligent de se faire inscrire sur les listes électorales. Ailleurs ils s'aperçoivent que l'égalité poli• tique est empêchée par l'inégalité écùnomique; qu'il faut de l'argent pour être (1) Une pièce de Labiche met alors en ,cène un candidat gandin qui dit: • Mon p~re ,tait ou•rier, ouvrier notaire... ; mot-même j'ai été ouvrier, ouvrier... référendaire à la Cour des. Compt~s. •

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