Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

268 HISTOIRE SOCIALISTE li a conçu deux clioscs qu'il a eu le tort, comme tous les socialistes de son temps et comme beaucoup de socialistes de tous les temps, de ne pas disling-ucr 11cllcmcnl: un idéal, c'cst-i,-dirc un but loin Lain, et un ensernble <le moyc11s prllprcs à atteindre cc but, c'est-à-dire un système trausitoire servant de pont entre le présent et l'a,·enir·. l\ous savons déjà qu'épris d'harmonie et d'unité il ,·eut faire de la société une grande famille où chacun produira scion ses forces et recevra scion ses besoins. Et l'on ne peut contester une haute ,·aleur morale à cet idéal qui suppose les for·ts aimont et soutenant les faibles; les hommes supérieurs se reconnaissant, non.pas plus de droits, mais plus de dc,·oirs que les autres; la puissance de dëvouement augmenl;"tnl i1 mesure flu'on s'élève dans l'échelle de l'humanité. Malheureusement il suppose aussi unr hunrnnité meilleure que celle qui vil autour de nous, guérie de son excès d'égoïsme par une longue pratique de la solidarité. Aussi n'est-il que l'étoile sur· laquelle on peut se guider sans avoir l'espoir de la Loucher du doigt. C'est un~ idée directrice; cc n'esl pas une idée immédiate• rncrrt réalisable. En attendant que des générations plus hc111·euscs et plus vertueuses que les nôtres sachent créer une sociCté capable d'assu,·cr ù tous ses membres développement égal de facultés inégales et satisfaction égale de besoins inégaux, quelles sont les mcsui-es qui peuvent acheminer en cc sens? Nous sortons ic-i ùu domaine de l'absolu pour entr·cr dans celui du relatif. Lorris Blane aborde la qucslion par le ,·ùlé de la production. li a été surtout frappé des maux qu'eJ1gchdre la conC'urrencc. La eoncurrence, c'est la guerre des intérèts; le duel des patrons et des ouniers, des patrons et des patrons, des nations et des nations; c'est le conflit perpétuel faisant des vainqueurs cl des ,1aincus, des exploiteurs cl des exploités, créant dans le monde enlier ln ùivision des hommes en riches cl eu pauvres, en millionnaires cl en miséreux. li faut t ucr la concurrence. Pcut•ètre Louis Blanc méconnait• il ici ce que la concurrence peut avoir de fécond, quand, dépouillée de son ,·cnin, elle n'<:sl plus désil' d'écraser le voisin, mais simple émulation, envie de 1111cux faire que les aut1·cs et de se surpasser soi-mèmc. Quoi qu'il en soit, pour· faire cesser la lutte fér-oce des indidclus et des classes, Louis Blanc veut recourir à l'association qui rend solidaires les intérèts opposés. Il est le missionnai1·e de l'association. l\tais, pour mettre en œuvrc cc mécanisme, il ne compte pas seulement sur l'initiative privée; il Yeut le concours de l'Etat. 'on pas qu'il veuille donner tout à l'Etat - « Cela, clit:il, c'est une idée saint-simonnienne; ce n'est pas la mienne! • En matière politique, il place au-dessus de la loi, comme inviolables, un certain nombre de libertés qu'il énumère (presse, conscience, association, réunion, droit au travail). En matière économique, il n'entend pas que l'Etat soit producteur de toutes les choses nécessaires à la consommation ; il souhaite seulement que l'Etat crëe ce qu'il appelle le

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