Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

128 IIISTOIRE SOCIALISTE suivant<'S 1·N·11cillcnl cl peu à peu rC11nisscnl, on ne peul se défendre d'une émotion n~spcl'lurusc dcvanl celle fièn·e d'actidté. Etcs-,·ous jamais cnlrC dans une fondrl'Î<' au moment ol1 le métal bouillant jaillit en coulées étincclanh·~ drs Cl'<'uscts qu"on vient d'oun·ir? Dans la vapeur bla11chc, dans la funH~erou~sc. des f1ammes rnontent; des crépitements, des sifllcments rclcnti~scnt: dt•~ bruits étranges, monstrueux sortent drs profondeurs du sol; des fig111·rs humaines, demi-nues et halct.tnlcs, s·agitc11t comme des démoni dans la rournaisc·; on croirait aYoir pént·tré dans quelque recoin d<' l'eofC'r légendaire ot1 surpris Ir mysté1·ieux travail d'un volca11 en t'ruplion. On éprouve une imp1·cssio11 du mèmc gc111·c en p1·éscncc ùu chaos apparent où un monde en formation et 1111 moud(' en n~onic ~c hcu,·l<'nl, se <·omi)altent, ::'amalgaml'nl da11s le fracas et le lt~multc. :\lais 1 de n1t-.111c que le~ n1isscaux de métal s·aJTètcnt cl SC' figent en formes l'igidcs au fo11d des moules prt:'parés pouf' lC's recevoir, de nH-.mc la fougueuse rollll'c des passions, des idées, des é,·èncmrnls s'npaisc, se rrfroidit, et, vue ù la distance d'un dcmj-:_..iècl/-, dessine de gl'andcs lignes où l'(l•il clécouvJ"e une signification. une logique, unf' harmonie 1 unr bc:iult'· inattendues. Pou I' fa i l'C lï1isloi r·c de cette é,·ol u lion économiqnc cl sociale, qui rst le <·œur du mou ,·c111c11 t de J ~V,8, i I faud1·a il pouvoir nna lyser les di frl·1·P.11ts grou J)f'S qui ont ag-i su I' cl 1-eta nlôt dans le mèmc sf' 11s, tan lùt en sens con tl'ail'c. gnHI pcs flou a nts, groupes inc·cssammcnl transformés sous ]'influc11ce des évènements cxtérie111·s, mais unis pro,·isoircmcnl par des liens matériels cl mo1·a11x,;11i sont 011 drs intérl\Ls ou des souveni1·s, des t,,aditions, des pl'l·jugés communs; il faudrait connaitre pour chacun d'eux la masse qui en faisait h• corps et l'état-majo1· qui en était la tète, su1·toul IC'S tendances don1inanlC's qu'il r(~\'élail par ses Cc,·its, ses paroles C'l ses actes. Faute de l'espace et du Joisil' néccs-;ni1·('s pou,· d1·csse1· celte carte détaillée des forces qui s·cnlred10quenl en celle période Ot'agcusc, nous er, t1·accro11s une rapide esquisse, cadre imparfait que les historiens futurs poul'l'onl corriger cl complétc1· . .\u point de vue d'oll nous les ..:onsidé1·011s maintenant, les hommes de la Deuxième Hépubliquc se divisent en trois groupes essentiels .. \u premier rang de c.cux qui désirent des changements sont les socialistes. Ce qui les caractfrise. c·cst qoïls veulent une refonte totale de la société, un nouvel ordre social, qui, en associant Jcs hommes et en socialisant les choses, abolirait le salariat, dernière forme de la dépendance dês tran1illcurs, 1111Î\'crsalise1·ail la propriété, supprimc1·uit le cbssemenr hérë<litairc en pauvl'es et en richt;s. :\lais, dans celle communauté d'aspirations, que de divergences! Les penseurs, qui sont à peu près d'accord pour critiquer ce qui existe, sont en plein désaccord sur le reste, Chacun d'eux s'est fait son système. On marche ensemble pour démolir; on se querelle, dès qu'il s'agit de reconstruire. Les écoles dégénèrent en véritables sectes <1ui se dénigrent et s'excommunient; cl le conflit perpétuel où leurs chers gaspillent le meil-

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