Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

476 HISTOJ;RE SOCIALISTE leurs finalement à la satisfaction des besoins d'un nombre d'individus de plus en plus gmnd ; qu'elles seules rendent possible l'accroissement successif el indéfini du nombre d'hommes sur la terre ». 1lais ce que les docteurs économiques n'osent pas affirmer, sauf quelques impudents qui ferment les yeux à l'effroyable misère ouvrière ambiante, c'est que les améliorations matérielles « contribuent singulièrement à une distribution plus équitable des richesses et des autres a\'antages sociaux ». Comment donc Pecqueur peut-il lancer cette affirmation sans être lui-même un impudent doctcm· de l'optimisme éco11omiquc, sans a1oir au préalable fermé ses oreilles aux cris de détresse cl de douleur du prolétariat ? Comment ne les au.-ait-il pas entendus, ces cris, lui qui nous montre les ouvriers sans travail de Sedan d(•pcçnnl 1,,, chc,aux malades qu'on \icnl d'abattre, et s'en repaitre ? Tout aussi bien que les autres critiques sociaux, cl d'un œil aussi clairvoyant, Pccqueur a constaté les premiers effets de tout progrès industriel dans le régime dt~ la concurl'cncc, concurrence qui, dit-il, « tend dr plu~ en plu~ /> l'avilissement du salaire ». li sait « que l'introduction des machines tend de plus en plus à la dépréciation ou à l'annulation du tramil ou de la coopération des ou, riers dans la production totale d'une na lion ». Il n'ig-norc pas « que la misère, le paupérisme des populations salariées serait l'étal général vers lequel s'avanceraient irrésistiblement les nations, cl principalement celles qui s'adonnent ùa,·antage à l'industrie manufacturière et au commerce extérieur, si d'uulres causes puissantes n'inlcncnaicnt proch3inement pour faire contrepoids aux infü,cnccs dissolvantes de la concunence égoïste cl facullati,·c ». Quelles sont ces causes ? Elles tiennent toutes dans les conséquences nalu1 elles de la concurrence en même temps que des progrès industriels : la concentration capitaliste par élimination des petits fabricants. Loin de s'opposer LI celte concentration, on doit ln. favoriser, y appeler les ma~scs ouvrières, <' les foire ,ortir des impasses économiques de la petite industrie », transformer par des entreprises cl des améliorations incessantes « l'atelier pri,é, solitaire, malsain et triste en un ensemble grandiose où surgisse pour chacun l'émulation, la gaieté, la sécurité, l'épargne et )a vie légère ». « Pas de milieu, s'écrie-t-il : ou nous aurons l'association des class!III moyennes, a,·cc une faible proportion de salariés, ou une féodalité industrielle cl commerciale plus ou moins absorbante. avec son cortège obligé, le prolétariat en grand. Ne sont-ce pas là les signes précurseurs, irrésistibles, d'une évolution profonde, uni,·crselle, séculaire, immense, dans le temps cl dans l'espace, tout à la fois industrielle, politique e.l morale. • Et dans l'hypothèse qu'il préfère, qu'il sent plus réalisable, de la concen- 1 tration capitaliste, que se passera-t-il, selon Pecqucur ? Aperçoit-il les cri&e11 de surproduction, que Fourier attribuait à la spéculolion commérciale et que Marx attribuera plus justement à la constitution interne'du capitalieme? Oui,

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