Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

IIISTOIRE SOCIALISTE Il était la cocarde guerrière d'un cabinet de paix à outrance et d'effacement national, comme Guizot, avec son air rogue de protestant doublé de janséniste. en était l'enseigne de probité et de sincérité. La situation de Gui,.ol était excellente. Thiers avait crié, tempêté, remué de la terre, des armes, des millions, mais en somme n'avait accompli aucun acte diplomatique qui engagent la France à la guerre. Il avait quitté le pouvoir bien plus pour esquiYcr les responsabilités de la situation devant les Chambres, que faute de les pouvoir porter jusqu'au bout dans la voie belliqueuse où, au fond, il n'avait, pas plus que Louis-Philippe, le désir de s'engager. Il rentrait dans l"opposition avec le prestige usurpé d'un homme qui a\'ait mieux aimé quitté le pouvoir que de s'incline,· devant l'étranger. Et, prenant a\·antagc sur son successeur, non seulement de celte situation, mais encore du rolc joué par celui-ci dans son ambassade à Londres, il pouvait ainsi l'accuser de ne l'avoir pas fidèlement servi dans une mission délicate entre toutes, à un moment tout particulièrement critique. ~lais qui cet ambassadeur dernit-il sel'I ir ? Son ministre des .\ffaires étrangères, ou le roi, qui prétendit être toujours son propre ministre cl correspondit toujours directement non seulement avec ses ambassadeurs, rnaii:;encore, par-dessus leur ~èle, '\\·(••· les goul'Crncmenls euro1)éens ? Quel avait été le rôle de Guizot à Londres? Sentant l'hostilité irréductible de Palmerston cnl'Crs la France, il s'était mis du côté des adversaires politi,_ qucs dè cc ministre, a\ail intrigué a,ec eux pour le renverser, lui à\'aÎl de cc chef causé bien des embarras. Or, les conserrateurs anglais pouvaient utiliser le concours d'un allié aussi important, mais ils ne se croyaient pas tenus pour cela de le pa_vcr autrement qu'en paroles. Ils \'OUlaient bien rc1H"erscr Palmc,r..t.on du pouvoir1 mais non renoncer pour l,•,1r pa_\ ~ atrx lJénéficrs de sa politique en Orient. A se mèler de la politique intérieure de l'Angleterre et à sen·ir les tories, Guizot ne pou,·ait donc qu'accrollre l'animosité de Palmerston, qui n'ignorait rien de ses démarches. Fit-il celle politique à l'insu de Thiers ? Evidemment non. Toul comme Louis-Philippe, Thiers escomptait la chute du ministère libéral pour resserrer les liens fort relâchés de l'entente cordiale et faciliter le règlement des affaires d'Orient. ~lais il complait aussi sur sa propre habileté, sur son action en Orienl, sur la situation prépondérante que Méhémet-Ali s'était faite pat· sa, ictoirc. Encore eût-il fallu que l'habileté de Thiers ne fût pas en défaut. Or, en Orient, il avançait, puis reculait. Il gardait à Constantinople un ambassadeur qui desservait sa politique, il arrêtait l'armée d'Jbrohim, puis, au nez des Anglais, favorisait la désertion de la flotte turque. Il faut avouer que cette politique incohérence n'avait pas facilité la tâche de Guizot à Londres. A présent, celui-ci tenait-il, dans les conférences, le langage qui eQI convenu ? Montrait-il la France résolue, coQte que coQle, à laisser au pacha d'Egypte ses conquêtes ? Stylé par le roi, ne laissait-il pas entendre aux repré-

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