Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

300 HISTOIRE SOCIALISTE contre la nation incroyante el représentaient Paris comme ln Babylone moderne. la grande prostituée, l'asile de tous les vices. Selon Varnhagen von Else, le général Scharnhorst affirmait que la guerre était certaine, et qu'elle aboutirait au pariage de la France. « La France, disait le général, représente le principe de l'immoralité. Il faut qu'elle soit anéantie ; sans cela il n'y aurait plus de Dieu au ciel. » Un autre militaire, le major llelmulh von ~!ollkc, espérait que cette fois« l'Allemagne ne remettrait pas l'épée au fourreau m•anl que la France n'cùt acquitté en enlier sa delle cnrcrs elle. » Cette année-là, l'annirnrsaire de Liepzig fut fêlé avec une ardeur inconnue jusque-là. Ce fut vraiment, au dire d'un historien allemand, « le jour de la conception de l'Allemagne». L'unité, rêve du libéralisme germanique, se faisait contre l'ennemi de l'Ouest : la pairie allemande naissait de son péril cl non de la liberté. Aussi les libéraux, amis de la France, étaient-ils consternés. Mais qu'eussent-ils fait contre un tel courant? Ne leur eùl-on pas crié : Regardez les libéraux français, ent-endez-les demander à grands cris le démembrement de la patrie allemande. Néanmoins, le libéralisme tenait bon dans certains centres, et s'efforçait d'éteindre le fui-or teutonicus. Mais il faut avouer qu'ils étaient bien mal secondés par les libéraux de notre pays, qui faisaient trop bon marché des sentiments patriotiques du libéralisme d'Outre-Hhin. lis affirmèrent cependant leurs sympathies à Carlsmhc, à ~lannheim, à llcidclbcrg, où les souscriptions furent ournrtes en fareur des victimes des inondations du Rhône. L'efferl'cscencc, des deux côtés du Rhin, s'était exprimée en vers el en prose. La quorelle prit bientôt le tour d'un concours littéraire. Dans une poésie sur le retour des cendres, insérée par le Moniteur, le poète Baour-Lormian s'était écrié : Au:< Franç,'lls Qu'on outrage, Il n'est rien d'JmPOssJble. un poète inconnu, i\ïcolas Becker, avait exprimé de son côté la protestation allemande, dans la Chanson du Rhin, que la Gazelle de Tréves publiait dans son numéro du 18 septembre. Le lendemain, l'Allemagne loul entière répétait ce chant de défi, clamait : « Ils ne l'auront pas, le libre Rhin allemand, jusqu'à ce que ses Ilots aient enseveli les ossements du dernier homme. » Il R'cn a1·ail pas fallu davantage à Hougel de Lisle pour être célèbre. L'auleur de la J\larseil/,,ise allemande le fut. Plus de deux cents compositeurs mirent son chant en musique, chaque canton, chaque ville le chantait sur un air différent ; en cela, l'âme allemande ne fut pas aussi à l'unisson que l'Orne française. Ses compatriotes de Cologne organisèrent en son honneur une retraite aux flambeaux jusqu'à sa demeure, où ils lui remirent une couronne de lierre. Le patriotisme local proposa d'appeler son ch.ant : la Colognaise, afin de mieux l'opposer à la Marseillaise.

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