Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

J21t IIISTOIHE SOCIALISTE prrmihc })('ure.A côlé de ceux qui ne cornprrnaicnt cl n'acceptaient qu'une parlie du système, il y a,·ait. ceux, con1mr Considéranl, qui n'en rclenaicnt que 1a conlcxtrn·c générale, la fol'mulc d'association dorncsliquc et agricole, et. tentaient dr l'appliquer au milieu social par la création de phalanstères. ,\ ussi, lorsqu'il mourut, Fourier commcni;ait ..\ pcsPr à tous. Il donnait au journal le Phalanstère des articles qui élaicnt en réalité drs chapitres de son œunc. Les pensées lui Yenaienl tumultueuses et en désordre, cl il n'avait nul souci des redites. Sur les objurgations de ses disciples, de Considérant entre autres, il avait publié en 1835 son dernier li\-rc, la Fausse Induslrie, qu' JI ubcrt Bourgin a bien raison de considt'rcr comme <1 le plus désordonné de ses ouvrages ,,. Fourier en convrnait d'ailleurs lui-même 1'ts'excusait. en disant l'avoir écrit« sous l'influence dC' circonslances ,·aria hl(•:,, conlradirtoi,·cs. » C'est sul'loul sa puissante imagina lion qu'il cfll. di. a<'ruscr. Son C<'l'YC'au était en production incessante, et il jetait ~ur le papier ses idées à mcsurL\qu'elles surgis.;;aienl; remaniant sans ccss<' rl tentant de mcllrede l'ordre C't de la précision, sans pou,·oir par,·enir ù meure dr l'ordre, il arri,·ait ainsi à lrop de prédsion, au point de descendre aux minuties les plus puériles. Comment ce petit homme maigre, au front de Socrate, aux yeux sans C('ssc fixés sur sa méditation intérieure, eût-il pu être arrecté par les circonstanecs Yariables. ou influencé par les obju,·gationsde ses disciples? Il obsen·ait le mécanisme social, Je démontait par une analyse incessante, en même temps qu'il le r~construisait dans son cer\'cau, profondément étranger à tout cc qui n'était pas l'objet de son intense méditation. Il n'apercevait le monde extérieur que comme le chantier où lrarnillait sa pensée, la mine où il puisait les matériaux qu'dle d<-plaçait, lransrormail, réinstallait sans lrève ni repos. Jamais Ofi ne l'avait ,·u rire. li n'a,·ait aucun souci de ses intérêts et ignorait jusqu'au quantième du mois. Lui soumettait-on un projet de r6alisalion, il s'attachait bien moins à le réfuter 011 à l'adopter qu'à en tirer cc qui lui permettrait de jeter sur le papier les idées noùvclles que cc projet é,·eillait dans son esprit. On co111prcnd,1u'avec un tel rê"eur, plus occupé à élaborer qu'à propagandrr, à acllC,·er jus,1u'à la perfection sa doctrine qu'à en essayer l'application sur le t0 rrain, les disciples étaient plutôt gênés, eux qui voulaient prouver l'excellence du système sociétaire en se mcllant à l'œuvrc. Lui aussi était pour l'œuvrc pratique, ses appels répétés en font foi; son attente obstinée du capitaliste inconnu auquel il avait donné rendez-vous était sincère. ~lais le rêve l'emportait toujours plus haut à la conquête du temps et de l'espace.ou l'enfonçait toujours plus avant dans la rechrr 0 hc de l'infini détail. Aussi collabora-L-il peu à la Phalange, que Considérant et ses amis fondèrent en 1836, car ils voulaient surtout exposer la doctrine d'une manière claire et méthodique et se servir pour cela des incidents de l'actualité. Puisqu'il n'était qu'un laboratoire vivant, un impcdimcntum pour l'action, ils le laisseraient à sa fonction et rempliraient la leur. Quelques mois après, il mourait, laissant quantité de manuscrits dont ses disciples entreprirent la publication.

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