Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

204 IIJSTOlllE SOCIALISTE A celle note, le gou,·crncmcnl répliqua le 2ï septembre en rappelant son ambassadeur cl en rompant tous rapports awc la Suisse. Le 29, il lui adressait un itllimattun prt;cu~cut des hoslilitt•s. Unr diète rxlraordinairc fut assemblée rt cll(l; capitula jusqu'au hout C'nr('1n·oyantau gouvernement français tout le dossier de l'affaire Conseil. Pour une lois, le gou,·crncmcnt de Louis-Philippe, Ycnail de manquer à son principe de la non-intervention, et ç'avait été pour violenter 1111 petit peuple et donner satisfaction à la Cour de Vienne. Une autre affaire vi_ntbientôt détourner l'attention des esprits, et qui sembla inspirée par le surci-s de la rérnltc militaire qui avait éclaté à ~ladrid. Qu'était donc cc Louis Bonaparte, fils du roi Louis de llolla.nde, qui, le 30 octobre, tentait de soulever la garnison de Strasbourg a,·cr le plan arrêlé de se diriger sur Paris en débauchant les garnisons sur son chemin ? Qu'était cc Napoléon qui essayait son retour de Ille d'Elbe sans aYoir passé par Austerlitz el Wagram? N'était-ce point une folie, pis! une bêtise, que celle a,·cnlurc risquée par un jeune étranger complèlcment inconnu des Français? ~on, puisqu'il avait son nom pour lui, ot qur pour lui son onrlo avait insrrit \\"agram et .\ustcrlitz sur son drapeau. l'ion, puisque la légende vivait grandie à mesure que le temps 1'< 1loignait de la réalité; puisque les mères, ayant enfanté d'autres fils, ne pleuraient plus ceux que leur avait pris .\'apoléon; puisque le grief des opposants contre Louis-Philippe était sa politique de paix ù tout prix; puis<JUC les républieains, oubliant la servitude de l'époque impfrialc, voyaient dans le nouveau roi un Bourbon épris do sa quasi•légilimilé, ami des rois qui a,·aicnL envahi cl amoindri la France, défendue à )lontmirail el à Waterloo par :\'apoléon. On n"était plus, certes, au moment où Salrnndy pouvait dire, parlant des républicains : « Cc parti qu'on appelle lanlôl bonapartiste et tantôt républicain •· Les mou,·emcnts de 1832 et de 1831, a,·aicnt bien été l'œuvre exclusive d'une démocratie révolutionnaire délivrée de tout contact avec les éléments bonapartistes .. \lais le peuple et la petite bourgeoisie n'étaient pas républicains. Poul' eux, être libéral signiî,ait être patriote. Et comment séparer la patrie du nom de celui qui a,·ait, le dernier, porté les armes pour clic, cl contre qui s'était formée la Sainlc-.llliancc absolutiste, ménagée à présent par Louis-Philippe ? « Milio canons dorment dans cc nom aussi bien que dans la colonne \'endômo » dit Henri lleinc frappé d'avoir Yu un mendiant lui demander un sou non pas• a~ nom de Dieu», mais« au nom de Xapoléon ». Il a vu, au théâtre, le peuple crier, pleurer cl s'enflammer aux mols: « aigle franç_ais, soleil d'Austerlitz, Iéna, les Pyramides, la grande armée, l'honneur, la vieille garde, Xapoléon ». Il sait qu' • il n'est pas de grisette à Paris qui no chante et ne comprenne les chansons de Béranger», ces chansons où les nobles, ennemis du peuple, sont en même temps les amis de l'étranger, et où patrie est synonyme de liberté. Il constate quo « le peuple sait le nùeux du monde cette poésie bonapartiste » et note que « c'est là-dessus que sµéculcnl les poètes, les petits el les grands, qui exploitent la roule au profit do leur popularité». Il voit«\ïctor Hugo, dont la lyre résonne

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