Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

292 HISTOIRE SOCIALISTE aujoui·d'hui le socialisme international et que La Fayette affirmait, un an avant sa morl, en applaudissanl ù I' ccidée d'un journal étranger qui formeraitun lien de plus et un nouveau moyen d'inrormation entre les peuples européens? » « Cc n'est donc, disait-il, qu'ù la confraternité des peuples, à leurs sympathies rnulucllc,, ù leur com·iction quo tout cc que gagne une nation est un profit pour les autres. que. nous dcnons une sorte de diplomotic populaire, exempte de préjugés, pleine de bons ,·ouloirs cl supérieure aux routines el aux intrigues des cabinet$ ». El, sentant tout le mal que faisait à celle cause l'orgueilleux chauvinisme des républicains rrançais, La Fayette insistait sur la nécessité« de réaliser des idées saines et de rranrhcs explications"· surtout« entre l'opinion allemande et l'opinion française. ·• Il s'élevait a,'cc une rare clairvoyance, alors parlagèc par bien peu de républicains, parmi lesquels il faut compter Raspail, contre les« erreurs patriotiques qui ne sont aujourd'hui que des anachronismes, retardent celle entière C'l affectueuse confiance dont nous avons mutucllemcnl besoin. >1 En demandant l'expulsion des membres de la Jeune Europe, ;\lcttcrnich prom·ait qu'il craignait beaucoup moins les conspirateurs que les organisateurs cl les propagandistes de lïntcrnntionalismc républicain. ~lais celle association no donnait aucune prise, cl Je goun)rn.C'rncnt fédéral ne pouYait.. violer ses propres lois et meure hors du droit commun des 6lrangcrs qui ne raisaicnt rien pour troubler ses bons rapports avcc les puissances. Thiers, ccpcndan l, se chargea de l'opération, ayant pris au pr,•alablc des mesures occultes dont le résultat dcrnit justifier son attitude. li invita le gou,·crncmcnl fédéral à expulser de Suisse les membres de la Jeune Europe qui s'y étaient fixt's. De Berne, on lui répondit en demandant si la France donnerait en cc cas l'hospitalité aux réfugiés. Le gouvernement français riposta par une note comminatoire qui souleva l'indignation publique dans toute la Suisse. La diète helvétique s'assembla,- et pour se donner l'apparence d'avoir sauvegardé ses droits tout en donnant satisfaction aux réclamations de la France, clic vota que les réfugiés seraient cxpulsùs s'ils avaient violé la neutralité suisse et compromis sa s(:curité. Cc·vote fut accueilli par une explosion de colère surtout dans les cantons de \'aud et de Gcnè,·c. Mais, il avait force de loi et aussitôt~!. de ;\lontebcUo, notre ministre ù Ilcrnc, s'en empara pour demander l'expulsion d'un individu nommé Conseil et représenté comme un complice de Fieschi. Sur ces entrefaites, Thiers était tombé du pouvoir et c'est le comte ~!olé qui fit inconsciemment jouer la machine policière montée de toutes pièces par son astucieux prédécesseur. Conseil, en effet, n'était pas un complice de Fieschi, mais de Thiers, un agent provocateur chargé par celui-ci de recruter en Suisse, parmi les membres de la Jeune Europe, des adhérents pour la société des Familles. La police trouva chez Conseil des liste& qui permirent au gouvernement helvétique de faire des expulsionsnombreuses. Mazzini, notamment, lut au nombre des expulsés.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==