Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

284 IIISTOJRE SOCIALISTE N'importe. Il était président du Conseil, cl sans trop de peine avait pu constituer un ministère .. \lais il avait dû ne pas se montrer trop exigeant sur la qualité de ses collaborateurs. C'est ainsi qu'il donnait les sceaux à Sauzet, dont il avait dit quelques mois auparavant, lorsqu'il avait été question de lui confier le même poste dans un ministère Dupin : • ~I. Sauzet garde des sceaux, quelle délicieuse bouffonnerie·! » .\lais Thiers en était-il à une pasquinade près! Les procédés de compression et de police par lesquels Thiers gouvernait devaient-ils assurer au moins la sécurité personnelle du roi ? li faut bien croire que non, puisque, le 25 juin, un nouvel attentat était commis sur Louis-Philippe. Au moment où il sortait des Tuileries, un jeune homme armé d'une canne-fusil avait tiré sur lui, et l'avait manqué. Ce jeune homme se nommait Alibaud, avait foil de bonnes éludes au collège de Narbonne, s'était engagé à dix-huit ans au 15• de ligne, avait été blessé dans le combtl des journées de Juillet et réformé eu 183>. On essaya de lui découvrir des complices, des inspirateurs. • Le chef de la con~piration, dit-il, c'est. ma Lêle. lescomplices, cc sont mes bras.» 11 monta bravement sur l'échafaud en s'écriant: « Je meurs pour la liberté, pour le bien de l'humanité, pour l'cxlinclion de l'infâme monarchie•· A quelques jours de là, ,\rmand Carrel, le maître polémiste du parti républicain se battait en duel avec Emile do Girardin, qui le blessait morlrllement, le 22 juillet. Comparer les dcu>. ac•vrrsaircs, dire le motif de la querelle qui leur mil Je pistolet à la main, c'est donner un exemple saisissant de l'absurdité scélérate cl'u:ic rouluinr que le ricliculc lui-même n'a pas encore abolie chez nous . .\rmand Carrel était le type de la droiture fière cl cassante, mettant un souci de probilt• personnelle à conformer ses actes à sa doctrine. Ceux qui no l'aimaient pas étaient forcés de l'estimer. En était-il de même d• Girardin ? Expéditionnaire de la maison du roi en 1823, il devient commis d'agent do change cl s'initie aux offaire""EI.n même temps, il public deux romans qui sont des aulo• !Jic;;raphics. C'est alors qu'il prend le nom de Girardin, qui était celui de son p,'re natorrl. 1\ommé en 18~8 inspecteur des lleaux-Arls par ~larlignac, il fonde le l'olcnr, un recueil où il reproduit des contes, des nouvelles, des articles pillorcsques, puis la .llode, que patronne la duchesse de llerri. On le voit, il envisage le journalisme au point de vue commercial. C'est le moment où Carrel fonde le National,• non pour gagner de l'argent, mais pour défendre les idées libérales. La révolution de 1830 ne fil aucun tort au protégé de ~lartignac et de la duchesse de Berri. Puisque de nouvelles couches sociales naissaient :i la vie publique, il fallait exploiter celte clientèle. li proposa à Casimir Perier, qui cul tort de refuser, d'abaisser à un sou le prix du .lfonitenr. li fonda alors, en 1831, le Journal des Connaissances utiles, qui en peu de temps compta cent trente mille abonnés it c1ualre francs pa,· an. Vinrent ensuite, car cet homme d'affaires était d'une activité prodigieuse, le Journal des instituteurs primaires, à un franc cinquante par an, el le Musée des familles, fondé pour faire concurrence nu ,Vagasin Pilto•

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