252 11ISTOl RE SOClA LISTE ments qu'il avait pris. Le chef de bataillon répondit que« son nègre s'étant réfugié « auprès des Français, il était libre, parce que. en France, on ne pouvait acheter « un homme comme un mouton ou un cheva], et qu'il n'avait, aucun droit ù le «réclamer; qu'ils étaient bien heureux qu'on ne publiât pas qu'à Alger il n'y avait « plus d'csclavrs, mais que ceux qui ne \'0tilaicnt plus rester chez leurs maîlrcs, on « nepouYaiL IC'sy contraindre». «Cc furent là ses paroles. J'étais présent à la discussion; l'Arabe répétait toujours qu'il l'arnit acheté pour de l'argent, qu'il était à lui, etc ... ;\"ous le renvoyâmes. Il alla se présenter chez le général en chef, qui, de suite, le fit conduire ù notre cantonnement avec un interprète et des gendarmes, avec ordre de lui rendre immédiatement son esclave. Cc fut inutilement que le chef de bataillon fit toutes représrntations imaginables; il prit sur lui de suspendre l'exécution de l'ordre; on lui ern-oya un aide de camp pour le faire exécuter. « I.e malheureux esclave, ayant apcr~u son maitre de loin el craignant le sort <1uil'allendaii s'il retombait entre ses mains, s'échappa, et il fut impossible de le relrouvrrcc jour-là. « I.e soir, il revint au cantonnement, r1uand il eut appris que ceux qui le cherchaient étaient partis. JI nous demanda si les Français ne voulaient pas le prot(•ger, s'il n'était pas Français depuis que nous a,·ions pris Alger. Il pleurait à chaudes làrmes cl, nous montrant la [régale la Victoire qui était en rade, il nous disait: « Si je savais qu'on me reçût à bord pour m'en aller en France, je me jellerais à la « nage pour me sauver." (Il sait, lui qui est né près de Tombouctou, que la France est une terre de liberté.) C'était une scène déchirante pour nous, car les militaires, hommes de sang et de carnage, ont souvent le cœur plus sensible que les indi,slriels d'aujourd'hui, hommes de paix et d'argent. Nous ne pouvons éluder l'ordre que nous avons reçu ; on a trouvé moyen de gagner du Lemps en faisant obsen·er que le maitre du nègre devait rembourser l'Etat des frais faits pour l'équipement de son esclave, avant qu'on le lui rendit. On annonce que le général Rovigo est en iner; s'il arrive demain, peut-être en lui soumet.tant la question, la jugf\ra-t-il d'une manière plus juste; mais les vents sont au sud-ouest, et s'il larde, notre pauvre nègre restera en esclavage. » Le duc de Ho,·igo arri,·a en effet à la fin de décembre. '.\lais il ne dut pas, et pour d'autres raisons, se montrer plus humain que son prédécesseur pour le malheureux noir qui avait cru trouver sa liberté dans les rangs des soldats français. En agissant ainsi, le général Derthezène appliquait son système, qui était de choquer le moins possible les Arabes dans leurs mœurs, el de ne les gêner en rien dans leurs toulumcs, si contraires fussent-elles à notre droit commun, à l'humanité pure et simple. C'est en vertu de ce système que l'esclavage subsiste encore dans nos possessions du Soudan, et même du Sénégal. Le général Derlhezène était plutôt mou. Savary fut franchement dur. Il ne se soucia pas de conquél'ir les indigènes en respectant leurs habitudes et leurs préjugés. Il ne s·auacha pas davantage à leur faire appréci.<>fles avantages d'un ré-
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