250 ll!STOIRE SOCIALISTE mille aux mains du maréc·halClauzel. Cc n'était pas avec d,o.ussifaibles rnoycns qu'on pouvait réaliser le programme qu'il s'était Lracé. li ne pouYail espérer avant longtemps qu'on lui envoyât des troupes, car l'opinion, si elle s'y fîil intéressée, aurait plutôt été hostile à la conquête commencée sous les plis du drapeau blanc . .\1. Thureau-Dangin dit que celle expédition n'était pas populaire, les libé· raux n'y ayant« guère vu qu'une manœuvre pour faire diversion aux agilalions parlementaires cl un préliminaire de coup d'f:tal.• Comment y eussent-ils vu autre chose qu'une entreprise dirigée par• des considérations de politique intérieure el dynastique », lorsque ;\I. de Clermont-Tonnerre, ministre de la Guerre du cabinet \'illèle, amuait que le gouvernement de Charles X dési,·ail «agir su,· l'esprit turbulent et léger de la nation française» cl« lui rappeler que la gloire militaire survivait ù la rérnlution"; cc qui était« une utile diversion à la fermentation politique de l'intérieur! • A coup stir, celle diversion était plus habile que l'expodition d'Espagne, où les troupes françaises étaient allées combattre pour le r(•tablissement du droit divin. Louis Blanc s'attriste de« l'impiété des haines de parti» qui fil qu'à cc moment« les conquêtes de l'armée française allrislèrenl la moitié de la France». Il s'indigne que la Bourse ail fléchi à la nouvelle des premiers succès. • L'honneur national venait de s'élever, dit-il, la rente baissa. Elle avait été en hausse le jour où l'on apprit à Paris le désastre de Waterloo! » Phénomène tout naturel, dans l'un eLJ'aulrc cas. La bourgeoisie, le monde des affaires, du commerce el de l"inclustrie, vil de paix: elle lui est tout aussi nécessaire que la guerre l'était au monde féodal cl nobiliaire. Quand la renie est au pair, tout est bien ; quand elle s'élève au-dessus, c'est mieux encore. Et pour que la rente, cc baromHre qui ne fai_t pas le beau temps, mais l'annonce, se maintienne, il ne faut pas que le gouvernement épuise son crédit en courant les aventures. Qu'était l'.\lgéric, somme Loule, pour le monde des affaires? Un marché? Il n'avait pas encore besoin de débouchés nouveaux, é\ant tout enlier à la création de son outillage industriel. Et lorsque col outillage produirait des marchandises en excédent, n'y avait-il pas l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, les deux Amériqucs à conquérir, cl aussi notre marché intérieur à libérer de la conquête anglaise? C'était là, pour un long Lemps, de quoi rendre la bourgeoisie indi(férente el même hostile aux expéditions militaires. L'Algérie était profondément inconnue en France. On ignorait tout de son sol cl de ses produits, de ses habitants cl de leurs marnrs. Lorque la conquête s'éLait accomplie, il y avait longtemps que les pirates n'inquiétaient plus sérieusoment le commerce de la Méditerranée. D'ailleurs, le nid des derniers pirates détroit, on pouvait s'en tenir là. Le maréchal Clauzel n'en savait pas plus que les autres Français sur le pays où il venait de prendre pied, el dont il visait au jugé la conquête. Il y avait deux peuples dans celle région : les Arabes, nomades et pasteurs, militaires et théocrales, aisément fanatisés par d'innombrables confréries religieuses dont les
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