René Viviani - La Restauration : 1814-1830

llISTOIRU: SOCIALISTE 01 du blé, celle du fer, celle de la laine, étant interdites, la production française était livrée à ses seules ressources, el ces jours de folie militaire ont été pour la fortune des accapareurs nationaux des jours de victoires. Moins retentissantes que les victoires sur les champs de bataille, ces victoires enrichissaient par la spoliation légale dont soal!rail le plus grand nombre, c'està-dire le; consommateurs, une mi norilé insolente el cynique. El c·esl elle, cependant, qui rejeta l'Empire à qui elle devait la puissance. Mais elle n'en rejeta que le bruit, la gloire, l'insécurité, entendant bien confisquer, sous un autre régime, par le prolongement des mêmes méthodes, le même profil. Aussi, sa colère éclata, au début de la première Restauration, au lendemain du traité du 30 mai 1814, el fut I ourle gouvernement fragile un premier avertissement. Le traité avait brisé le blocus continental, ouvert les porl s, les canaux au commerce anglais qui, prévenu, se tenait prêt et inonda la France de ses produits. Du coup, l'aristocratie industrielle était atteinte. i\lais elle c,pél'a une rapide revanche. Qui pou- .vail la lui assurer? Le vote de lois protectionnistes qui rcnoU1elassent autour du marché la barrière de Ier établie par Nat oléon. Qui votait les lois! La Chambre des représcntanls ... Immédiatement l'aristocratie de fortune va saisir lïnslrumen l politique, afin de travail Ier par lui à l'œuvre économique: elle va pénétrer dans l'assemblée. La loi électorale lui permettait d'ailleurs ce léger e!forl : nul ne pouvait voter s'il n'avait 300 francs d'impôts, nul ne poul'ait ôlre éligible s'il ne payait 1000 francs. Si l'on veut bien considérer que ces chiffres n'ont pa, ici eur plrine valeur el que mille francs de cette époque représentent quatre mille francs de la nôtre, on voit, m~me par une comparaison avec nolre temp,, à quoi était réduit ce qu'on appellera plus tard « le pays légal ». Le JJombre des électeurs sur lrt'nte-huil millions d'habitants était réduit à moins de cent mille: le trois cenl qualre-vinglième de la France surfisail à la gouverner. Bien enlendu, le chiffre des éligibles était plus restreint encore: dès lors, deux aristocraties vont s'emparer du pouvoir: à la Chambre des représentants, l'aristocratie de !"argent; à la Chambre des Pairs, par la désignation du roi, l'aristocratie du nom. Ainsi toute l'œuvre économique de la Restauration a reçu de ce fait une unité de direclion qui fait contraste avec les violences el les discordances poliliques. Tandis que les représentants de la France - d'une partie ~i minime de la France - se querellent, qu'ils se divisent entre lib6raux constitutionnels et ultra-royalistes, qu'ils s'invectivent el se calomnient - au point de vue politique - ils sont unis dans le vole des lois douanières el financières. Les lois de 1819 el de i82L votées pour prohiber l'importation des céréales, le furent à la presque m,aoimilé (234 voix contre 28, 282 contre 54). D'autres lois, en 1816, 1817, 1818, 1820, 1822, 1826, vinrent protéger les produits de grande fabrique. Veut-on uo exemple de l'audace protectionniste,?

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